February 19, 2008
Résistance à la loi islamique

par Daniel Pipes
Jerusalem Post, 21 février 2008
VO: http://www.danielpipes.org/article/5475
Les Occidentaux opposés à l’application de la loi islamique (la charia) observent avec consternation ses importants progrès dans leurs pays – des harems de mieux en mieux acceptés, un responsable ecclésiastique qui accepte la loi islamique, un juge qui se réfère au Coran, des tribunaux islamiques clandestins qui parcellisent la justice. Que faire pour stopper l’avancée de ce système légal médiéval si incompatible avec la vie moderne, qui oppresse les femmes et transforme les non-Musulmans en citoyens de deuxième classe?
Le premier pas, pour les Occidentaux, consiste à faire front commun contre la charia. Confrontés à une hostilité presque unanime, les islamistes reculent. La retraite effectuée la semaine passée par le Conseil des relations américano-islamiques (Council on American-Islamic Relations, CAIR) dans un litige concernant les chiens d’aveugles en offre un bon exemple.
Traditionnellement, les Musulmans considèrent les chiens comme des animaux impurs, à éviter. Or cette aversion devient problématique lorsque des commerçants ou des chauffeurs de taxi musulmans refusent leurs services à des aveugles occidentaux qui ont besoin d’un chien spécialement dressé. J’ai rassemblé 15 cas de ce type sur mon weblog, sous «Muslim Taxi Drivers vs. Seeing-Eye Dogs» (Chauffeurs de taxi musulmans contre chiens d’aveugles): cinq aux États-Unis, (New Orleans, Cincinnati, Milwaukee, Brooksville, Fl.; Everett, Wash.); quatre au Canada (Vancouver, deux à Edmonton, Fort McMurray, Alberta); trois au Royaume-Uni (Cambridge, deux à Londres); deux en Australie (Melbourne, Sydney); et un en Norvège (Oslo).
Des dépêches décrivent ainsi des chauffeurs de taxi musulmans qui apostrophent sèchement les clients aveugles, leur criant «pas de chien, pas de chien, sortez, sortez», «sortez ce chien d’ici» et «pas de chiens, pas de chiens». Les aveugles se retrouvent rejetés, humiliés, insultés, voire blessés, laissés sous la pluie, déposés au milieu de nulle part, mis en retard à leur rendez-vous ou contraints de manquer leur avion.
Des organisations islamistes réagirent d’abord en soutenant les chauffeurs anti-chiens. La Muslim Association of Canada expliqua que les Musulmans considèrent généralement la salive des chiens comme impure. Le CAIR a également émis cette affirmation, indiquant que «la salive des chiens annule la pureté rituelle nécessaire à la prière». À une autre occasion, Nihad Awad, directeur général du CAIR, déclara qu’«une sorte de peur des chiens a été inculquée (…) notamment aux gens du Moyen-Orient» et justifia le refus d’un chien d’aveugle par un chauffeur de taxi en affirmant que ce dernier «a authentiquement peur des chiens et a agi de bonne foi. Il a agi en conformité avec ses croyances religieuses.»
Cependant, lorsque la police et les tribunaux sont appelés à intervenir, les droits des aveugles à satisfaire leurs besoins fondamentaux et leur simple dignité ont pratiquement toujours prévalu sur l’aversion des Musulmans pour les chiens. Le propriétaire ou chauffeur de taxi musulman se voit à chaque fois réprimandé, mis à l’amende, rééduqué, averti, voire emprisonné. Le juge qui qualifia de «honte totale» un tel comportement de chauffeur de taxi exprimait ainsi un avis très répandu.
Le CAIR, réalisant que sa démarche ne menait à rien tant devant les tribunaux que face à l’opinion publique, retourna prestement sa veste. Par exemple, dans une manœuvre cynique, il mobilisa 300 chauffeurs de taxi à Minneapolis afin d’offrir des courses gratuites aux participants d’une conférence de la fédération nationale des aveugles. (Ce à quoi un officiel de la fédération, peu impressionné par ce stratagème grossier, répondit: «Nous sommes mal à l’aise (…) devant cette offre de courses gratuites. Nous pensons que cela ne résout rien. Nous estimons que les chauffeurs de taxi doivent comprendre que la loi leur interdit de refuser un aveugle.») Et enfin, la semaine dernière, le bureau canadien du CAIR émit une déclaration enjoignant les Musulmans d’accepter les passagers aveugles, en citant un membre du comité directeur selon lequel «l’Islam tolère l’utilisation de chiens par les malvoyants».
La capitulation du CAIR contient une leçon importante: lorsque les Occidentaux s’entendent largement sur le rejet d’une loi ou d’une tradition islamique spécifique et s’unissent contre elle, les islamistes occidentaux doivent se plier à la volonté de la majorité. Les chiens d’aveugles ne constituent qu’une question litigieuse parmi de nombreuses autres. Celles-ci tendent à concerner les femmes, avec les maris qui battent leurs femmes, la burqa et autres vêtements qui cachent le visage, l’excision et les crimes d’«honneur». L’unité occidentale peut aussi obliger les islamistes à abandonner leurs positions favorites dans des domaines tels que l’esclavage et les finances conformes à la charia.
D’autres pratiques dérivées de l’Islam mais encore inexistantes en Occident sont prépondérantes dans le monde musulman – le fait de punir une femme pour avoir été violée, l’exploitation d’enfants pour des attentats suicide et l’exécution de personnes coupables de crimes tels que la conversion à une autre religion que l’Islam, l’adultère, le fait d’avoir un enfant hors mariage ou encore la sorcellerie. La solidarité occidentale peut aussi engendrer des concessions dans ces domaines.
Si nous autres Occidentaux serrons les rangs, la charia est condamnée. Si nous n’y parvenons pas, c’est nous qui sommes condamnés.

Comments(4)

Je voudrais répondre à l’article de Daniel Pipes “Résistance à la loi islamique” et proposer une autre stratégie : “Résistance à l’obscurantisme”. Je vous invite à lire un papier que j’ai écrit en réponse, sur un blog que je crée pour l’occasion: http://gingembre30.wordpress.com
AJM: C’est intéressant, mais cela conduit à aider d’hypothétiques Musulmans modérés (donc fiers de leur mauvaise religion) à gagner la guerre contre de soit-disant intégristes (donc fiers de leur mauvaise religion). Je pense que c’est une mauvaise idée. Je pense que cela instrumentalise les non-Musulmans. Que cela les précipite dans un conflit qui n’a pas lieu d’être au départ. Je propose plutôt de rejeter et de discréditer cette mauvaise religion, qui produit forcément, systématiquement, des modérés et des intégristes (avec de très nombreux ponts entre eux), depuis le début et par définition.
Au diable la religion islamique — il faut que les Musulmans se débarrassent de cette ânerie, pas que nous commencions à braire avec eux.
C’est quand même délicat de demander à un milliard d’invidus de se débarrasser de ce qu’ils estiment être une partie de leur identité.
Ce n’est pas réaliste.
AJM: C’est mille fois plus réaliste que d’envisager d’aller de l’avant en conservant cette foi, au contraire. Et vous oubliez le facteur temps: il n’est pas nécessaire de faire changer d’avis à qui que ce soit, il “suffit” de cesser d’endoctriner les nouvelles générations. Ou, ce qui est mieux, de les rendre réfractaires à l’endoctrinement.
“…de cesser d’endoctriner les nouvelles générations. Ou, ce qui est mieux, de les rendre réfractaires à l’endoctrinement.”
Vu ainsi, absolument d’accord. Et cela hiérarchise les priorités, car pour rendre les gens réfractaires à une idéologie, il faut:
a) la rendre moins désirable
b) pour la rendre moins désirable, il faut avoir les moyens de la critiquer, en exposer les aspects non désirables
c) pour disposer des moyens de la critiquer, il faut en avoir la liberté légale, ou moins être protégé légalement de la fureur des adhérants de l’idéologie incriminée
Donc logiquement, il faut en priorité se battre pour continuer d’avoir de la liberté de parole, condition préalable que même l’ONU semble disposée à remettre en cause. Parallèlement, refuser tout compromis avec les chantres de l’apaisement et des “accommodement raisonnables”, accommodement qui mèneront sans l’ombre d’un doute au musèlement de la parole au nom d’un improbable “droit à la sensibilité religieuse”.
Cela implique aussi de chercher et démasquer les hypothétiques intrigants qui oeuvreraient dans l’ombre pour faire adopter des lois limitant la liberté de parole. Leurs activité obscures laissent transparaitre de temps à autre quelques avatars par l’intermédiaire de diverses personnalités publiques.
C’est déjà tout un programme.
Pour faire une analogie éclairante, disons que si les communistes avaient réussi l’exploit de faire interdire la critique du communisme dans les pays dit “capitalistes”, nous aurions pu objectivement affirmer que ces pays étaient devenus communistes de facto.
Et c’est valable dans le sens inverse aussi.
AJM: Oui, interdire la critique est un signe sûr de mauvaise conscience.