Coordonnées de l'auteurGuide politiquement incorrect de l'IslamComment vaincre l'Islam démocratiquementAccueil

Les mauvais médias compromettent les démocraties

Ce mardi, le Centre Joan Shorenstein de l’université de Harvard présentait (merci à Martin Kramer) une étude passionnante sur le comportement des médias pendant la guerre de l’été dernier entre Israël et le Hezbollah: The Israeli-Hezbollah War of 2006: The Media As a Weapon in Asymmetrical Conflict

Le principal constat est qu’Israël – démocratie et liberté de la presse obligent – s’est montré totalement incapable de maîtriser l’information, tandis que le Hezbollah jouait de cet instrument avec une maestria consommée.

Les journalistes pouvaient à peu près tout obtenir du côté israélien: informations officielles, contacts directs (même s’ils étaient censés être prohibés) avec des soldats et des responsables, informations de l’UNIFIL sur les déplacements de troupes israéliennes (diffusées en fait au monde entier, c’est-à-dire aussi au Hezbollah, ce qui compromet tout de même l’attitude soi-disant neutre des Nations Unies), observations sur le terrain, critiques acerbes – rien n’était hors de portée. Ce qui est en soi une bonne chose, mais les journalistes n’ont visiblement pas eu la gratitude facile.

Situation inverse chez le Hezbollah: interdiction de filmer sauf là où on les priaient de le faire, sous peine d’exclusion, voire pire, manipulation des journalistes (que très peu d’entre eux ont eu le courage d’admettre), utilisation active des médias par des spécialistes qui ne montraient aucune gêne à manipuler des dépouilles humaines pour faciliter les prises de vues. Ce qui est exécrable, mais qui n’a pas été autrement souligné par la presse, pour des raisons de toute évidence peu glorieuses.

Ajouter à cela le fait, compréhensible dans une plus large mesure, que les médias arabo-musulmans étaient enclins à favoriser le Hezbollah contre Israël et nous avons la situation médiatique de l’été dernier, où la presse – les auteurs l’établissent à l’aide de statistiques spécifiques – présentait dans une large majorité Israël comme l’agresseur, les Libanais comme les victimes et le Hezbollah comme une présence fantomatique. De sorte que l’homme de la rue était naturellement tenté de penser que

Les Israéliens détruisent tout. Nous ne comprenons pas pourquoi. Parce que deux de leurs soldats ont été kidnappés? Ce n’est pas une raison.

Et ce à tel point que certains responsables occidentaux de l’information ont tout simplement repris cette vision simplissime à leur compte et l’ont cimentée dans leurs réalisations. Un excellent exemple de ce journalisme de trottoir est fourni par la Télévision suisse romande, dont je reproduis ici la description d’une rétrospective de cette même guerre, pourtant des mois après les faits, telle qu’elle figure dans un projet de plainte contre la TSR (soutenue par des citoyens et des résidents suisses):

La rétrospective démarre sur des images de tirs d’artillerie de l’armée israélienne. Puis, un nuage de fumée au-dessus d’une ville, sans doute Beyrouth. Commentaire:

Le cauchemar. Une nouvelle fois. Les Libanais avaient presque oublié la guerre de 78, Israël bombarde à nouveau le Liban-Sud, jusqu’à Beyrouth.

Cette phrase et ces images suggèrent qu’Israël bombarde: 1. l’entier du Liban-Sud, y compris Beyrouth; 2. des Libanais. Et que ce n’est pas la première fois. Le choc de cette entrée en matière donne une impression générale d’attaque massive, indifférenciée et réitérée contre le pays et sa population. Et cela de manière unilatérale: ce n’est que dans la prochaine phrase, sur des images qui montrent alors des immeubles détruits, des tas de gravas, des gens qui s’activent dans des décombres fumants, que la commentatrice donnera une raison, la seule mentionnée, pour ce comportement de l’armée israélienne:

À la source du conflit, la capture de deux soldats israéliens, par le Hezbollah, le mouvement chiite libanais. Résultat: un mois de guerre et 1300 morts, dont plus de 400 enfants. Le massacre de Cana bouleverse le monde entier.

Le ton est accusateur. Israël a commis là des actes injustifiés et répréhensibles. Le terme de «massacre», qui évoque des tueries d’une cruauté exécrable, est même prononcé. Les images soutiennent ce réquisitoire, toujours bien alignées sur le commentaire:

Les ponts sont détruits, les routes sont coupées, les réservoirs de pétrole en feu. Résultat: une immense marée noire — 15 000 tonnes de brut sont déversées dans la Méditerranée.

Israël, semble-t-il, détruit uniquement des installations civiles, des immeubles en ville, des ponts, des routes et des réservoirs de pétrole, causant même une «immense» marée noire. Israël semble concentrer son effort de guerre sur la société civile libanaise. Puis les images montrent des foules en liesse brandissant des drapeaux libanais (ceux du Hezbollah sont absents) au passage de troupes (sur des routes en parfait état). Commentaire:

Le 11 août, le conseil de sécurité de l’ONU obtient un cessez-le-feu. C’est le retour triomphal de l’armée libanaise.

De quel triomphe l’armée libanaise pouvait-elle se réclamer? Puis les images nous montrent des soldats français (brassards tricolores bien visibles):

Les premiers soldats de la Finul, les forces de l’ONU au Liban, débarquent. Ils sont là pour aider à la reconstruction du pays.

Et la rétrospective se termine sur des images d’embouteillages et une sombre perspective:

Des centaines de milliers de personnes rentrent alors chez elles, dans un pays infesté de bombes à sous-munitions.

Ces informations sont certes formellement exactes (certains adjectifs exceptés), mais leur choix et le ton du narratif témoignent d’un parti-pris grossier, et il est difficile de voir comment peuvent être réparés les dommages que de telles réalisations infligent à la santé de l’opinion publique occidentale. Or, dans les démocraties, l’opinion publique est un facteur décisionnel primordial. Les médias de mauvaise qualité y sont l’équivalent de conseillers politiques incompétents.

Comment remédier à cela sans compromettre l’indispensable liberté de la presse? Comme toujours, le premier pas consiste à reconnaître la présence du problème.

Comments are closed.