March 11, 2007
2e Plainte contre la TSR — appel aux signataires
Voici, comme promis, une litanie (pas trop j’espère, quand même) sur les manquements de la Télévision suisse romande (TSR) en regard de ses obligations de chaîne subventionnée censée fournir des informations non partisanes.
Le texte de la plainte subira sans doute encore quelques corrections, sera arrondi ça et là, complété peut-être par quelques informations (au moins le nombre de signataires à la date d’envoi), mais la substance est là.
Pour signer, le mieux est d’imprimer la page 20 (ou l’ensemble) de la plainte au format pdf, de remplir le petit formulaire qui s’y trouve et de le transmettre à l’adresse indiquée sur cette même page 20. Je rappelle que seuls des citoyen(ne)s suisses ou des personnes résidant en Suisse peuvent signer une telle plainte.
Pour consulter les références du document, merci d’ouvrir la plainte en pdf. Je précise juste que pour la rubrique sur la guerre du Liban, les principales références sont contenues dans ce document (attention: 20 Mo) et sur cette page (interface de consultation de films). À noter que ces documents, y compris les films, seront remis aux juges sur cédérom.
Que dit-on avant de démarrer une litanie? Si vous le savez, merci de me l’apprendre. Voici toujours le texte de la 2e plainte contre la TSR:
Maître, Madame, Monsieur,
Nous, plaignants au sens de l’art. 63 LRTV, vous prions de prendre acte du dépôt de la présente plainte, au sens de l’art. 4 LRTV, à l’encontre des émissions Le Journal diffusées sur les ondes de la Télévision suisse romande, respectivement le 24 décembre 2006 de 19h30 à 19h51 et le 29 décembre de 19h30 à 19h49, puis sur Internet.
Les deux rubriques incriminées de l’émission du 24 décembre – «Messe de Noël à Bethléem: des précisions avec Stéphane Amar, en direct [01:43 min.]» et «Les Chrétiens de Bethléem s’exilent massivement [02:11 min.]» peuvent être visionnées à l’adresse suivante. La rubrique incriminée du 29 décembre peut être visionnée à l’adresse suivante.
Nous estimons que les informations fournies ici et la manière de les présenter
– ne reflètent pas équitablement la pluralité des événements et la diversité des opinions,
– ne permettent pas au public de se faire une opinion équilibrée,
– produisent une impression générale manifestement partisane,
– facilitent l’effort d’entrisme d’organisations foncièrement antidémocratiques,
– favorisent la montée de l’antisémitisme en Suisse,
– induisent l’opinion publique en erreur sur la nature du projet islamiste.
Pour le démontrer, nous proposons ici des informations, toutes librement disponibles,
dont les auteurs n’ont visiblement tenu aucun compte et qui auraient permis de
– compléter la pluralité des événements et la diversité des opinions,
– donner au public les moyens de se faire une opinion équilibrée,
– prévenir la formation d’une impression générale partisane,
– contrer l’effort d’entrisme d’organisations antidémocratiques,
– freiner la montée de l’antisémitisme en Suisse,
– répandre des informations utiles sur la nature du projet islamiste.
Émission du 24 décembre 2006
(Note: la description de l’émission est composée ci-après en gris et en retrait.)
Dans la première des deux séquences consacrées à la ville de Bethléem, où allait se dérouler le soir même la messe de la nativité, on apprend que la situation de la ville est désastreuse car elle «souffre de la coupure avec sa voisine Jérusalem après la construction du mur de séparation voulu par le gouvernement israélien». Aucune autre explication n’est avancée ou seulement évoquée pour expliquer «l’un des chapitres les plus noirs de l’histoire» de la ville et le «climat de tension extrême qui règne en Cisjordanie».
La barrière de séparation est voulue par le gouvernement israélien pour protéger la population civile, de toutes convictions religieuses confondues, contre des attentats terroristes devenus quotidiens. Il s’y est résolu, après 35 ans d’hésitation à ce sujet, à la suite des campagnes d’attentats suicide d’un type nouveau, lancées essentiellement par deux organisations palestiniennes, le Hamas et le Djihad islamique, depuis septembre 2000 (95 attentats-suicide entre septembre 2000 et la mi-juin 2003, ayant fait 366 morts et des centaines de blessés).
À noter que cette tactique terroriste moderne a été introduite par le mouvement musulman chiite Hezbollah en 1983 au Liban, où plusieurs dizaines d’autres attentats de ce type ont été perpétrés depuis lors.
L’efficacité de la barrière a été démontrée de plusieurs manières entre-temps. Depuis sa construction autour de la bande de Gaza, pratiquement aucun auteur d’attentat suicide n’a infiltré Israël depuis cette zone, alors que des centaines de tentatives ont été répertoriées depuis la Cisjordanie. À relever que 75% des auteurs d’attentats suicide qui attaquaient des cibles situées en Israël traversaient alors la frontière là où la première partie de la barrière a été construite. Le nombre global d’attentats suicide a baissé de 30% entre 2002 et 2003, ceci alors que le nombre de tentatives lancées là où la barrière n’était pas encore édifiée restait constant.
Même les terroristes palestiniens admettent cette efficacité. Ainsi, le 11 novembre 2006 (plus d’un mois avant les émissions incriminées), le leader du Djihad islamique Abdallah Ramadan Shalah déclara sur la chaîne télévisée Al-Manar que les organisations terroristes avaient la ferme intention de poursuivre les attentats, mais que leur fréquence et la possibilité de les lancer depuis la Cisjordanie dépendaient d’autres facteurs, «tels que la barrière de séparation, qui fait obstacle à la résistance et sans laquelle la situation serait entièrement différente».
Serait-il raisonnable de renoncer à la sécurité accrue et démontrée des personnes pour ne pas risquer de compromettre des activités commerciales?
D’autre part, le fait de construire une barrière le long d’une frontière pour des raisons de sécurité n’a rien de vraiment exceptionnel. Israël a déjà de telles barrières le long de ses frontières avec le Liban, la Syrie et la Jordanie. Et dans un monde normal, ne serait-ce pas plutôt la facilité avec laquelle les terroristes palestiniens peuvent s’entraîner et se préparer dans les territoires palestiniens puis s’introduire sur le territoire israélien qui aurait de quoi étonner?
Deuxième séquence: un reportage auprès d’une famille chrétienne de Bethléem. Le présentateur dit que la situation des Chrétiens de Bethléem «est de plus en plus douloureuse. Confrontés à une crise économique sans précédent» (dont nous venons juste d’apprendre qu’elle serait causée par le mur israélien), «victimes de l’occupation israélienne» et, en dernier lieu, «face à l’hostilité des Musulmans, ils s’exilent massivement». Le commentaire indique une nouvelle fois les raisons de «la fuite des Chrétiens palestiniens»: la crise économique, à nouveau, mais aussi «ce conflit sans fin avec Israël qui les prive de leur liberté de circulation et menace leur sécurité» et «enfin, et c’est un sujet tabou ici, les relations de plus en plus tendues avec les Musulmans».
Tous les journalistes ne s’arrêtent pas devant de tels tabous. Ainsi, un journaliste de Beit Sahur nommé Samir Qumsiyeh a établi une liste d’exactions de Musulmans contre des Chrétiens de sa région comportant 93 cas d’actes de violence commis entre 2000 et 2004, dont un viol collectif d’une jeune fille de 17 ans par des membres du Fatah, l’organisation du président palestinien. Il relate également que la presque totalité des cas d’expropriation de biens fonciers commis au cours des trois années précédentes avaient été le fait de groupes islamistes militants et de membres de la police palestinienne.
De nombreux signes indiquent que les Chrétiens de Bethlehem, et d’une manière générale des territoires sous contrôle palestinien, sont assiégés par les Musulmans en raison de leur appartenance à la religion chrétienne. En effet, dans l’Islam, les Chrétiens sont considérés comme des dhimmis, des citoyens tolérés, mais de seconde classe auxquels l’Islam accorde sa protection. La dhimmitude fait partie intégrante de l’Islam; ce statut repose sur un «pacte de protection» qui suspend le «droit original des conquérants [musulmans] à tuer et à réduire en esclavage [les Juifs et les Chrétiens] à condition qu’ils se soumettent au paiement d’un tribu».
La situation des Chrétiens d’Islam a souvent été difficile: «Au cours des siècles, l’Islam politique n’a pas été tendre avec les communautés chrétiennes vivant sous son règne. Les actes ponctuels de tolérance mis à part, le traitement habituel des Chrétiens […] y est abusif et discriminatoire selon toutes les normes admises en la matière. […] Sous l’Islam, la communauté dhimmi et chacun de ses membres sont contraints de vivre dans un état d’humiliation permanente sous les yeux de la communauté régnante.» Pour reprendre les termes d’un président chrétien libanais, Bashir Gemayel: «Un Chrétien […] n’est pas un citoyen à part entière et ne peut exercer de droits politiques dans aucun des pays conquis par l’Islam».
Les Chrétiens palestiniens subissent le statut de dhimmi depuis des siècles. Un voyageur anglais qui passa en terre sainte en 1816 observa que les Chrétiens n’avaient pas le droit de monter à cheval sans une autorisation expresse du pacha musulman. D’autres voyageurs de passage dans la région mentionnèrent la pratique voulant qu’«un dhimmi ne doit jamais faire face à un Musulman dans la rue – il doit toujours passer à sa gauche, le côté impur» et décrivirent les insultes et les humiliations que devaient subir les Chrétiens dans les rues de Jérusalem jusque vers le milieu des années 1880. Le consul britannique de Jérusalem écrivit qu’en terre sainte, et notamment à Jérusalem jusqu’en 1839, les Chrétiens étaient ordinairement poussés dans le ruisseau par les Musulmans à l’exclamation de «passe à ma gauche, chien!». Il leur était interdit de circuler à dos d’animal en ville ou de porter des vêtements voyants.
Au début des années 1900, des attaques sporadiques de Chrétiens étaient commises par des bandes de Musulmans dans de nombreuses villes palestiniennes. Pendant la révolte arabe palestinienne de la fin des années 1930, laquelle n’a impliqué de très peu de Chrétiens, les rebelles forcèrent les Chrétiens à observer le jour de repos hebdomadaire le vendredi au lieu du dimanche, les hommes durent porter le keffieh et les femmes le voile. En 1936, les Musulmans traversèrent le village chrétien de Bir Zayt, près de Ramallah, en scandant: «Nous allons tuer les Chrétiens.»
Également au début des années 1900, avec le retour des Juifs dans la région, les Chrétiens palestiniens se liguèrent d’abord avec les Musulmans pour s’opposer à l’immigration juive. Mais, comme le disait Sir John Chancellor, le Haut-commissaire britannique de la Palestine en 1931: «Les leaders arabes chrétiens ont admis devant moi qu’en établissant des relations étroites avec les Musulmans [palestiniens], ils n’avaient pas été insensibles aux craintes de mauvais traitements qu’ils auraient pu subir de la part de la majorité musulmane dans certaines conditions». Il faut ajouter à cela que l’apport des Chrétiens palestiniens à la résistance antisioniste était essentiellement de nature intellectuelle et reflétait leur situation soumise. Contrairement au Maronites libanais, qui maintinrent leur cohésion et leur autonomie, également par les armes, les Chrétiens palestiniens étaient dispersés dans la société islamique et vivaient sans armes, dans un statut de «protégés». Dès le début du XXe siècle, leurs communautés étaient sensiblement plus éduquées et leurs membres plus impliqués dans la politique et la culture que les populations musulmanes. Ainsi, ils n’ont joué qu’un rôle très secondaire dans les émeutes et les combats – leur contribution a consisté surtout à défendre la cause au sein du monde occidental.
De 1953 à 1967, la Jordanie entreprit d’islamiser le quartier chrétien de la vieille ville de Jérusalem en édictant des lois interdisant aux Chrétiens d’y acheter des biens fonciers et immobiliers. Elle ordonna la fermeture forcée d’écoles les jours fériés musulmans et autorisa la construction de mosquées à proximité immédiate des églises, empêchant ainsi toute possibilité d’agrandissement ultérieur.
Plus récemment, la situation s’est encore aggravée à la suite du transfert de pouvoir à l’Autorité palestinienne. Voici l’analyse conjointe à ce sujet de Jonathan Adelman, professeur à l’université de Denver, et Agota Kuperman, ancien haut responsable du Département d’État américain:
Depuis 1975, Arafat tente d’effacer le Jésus historique en le décrivant comme le premier fedayin palestinien radical. Entre-temps, l’Autorité palestinienne a adopté l’Islam pour religion officielle, a appliqué les règles islamiques de la charia et a même permis à des représentants religieux de qualifier les Chrétiens (et les Juifs) d’infidèles dans leurs mosquées. La rhétorique islamique militante, jointe aux actes terroristes du Hamas, du Djihad islamique et du Hezbollah – tous tolérés, voire encouragés par Arafat – n’est guère réconfortante pour les Chrétiens.
Depuis la prise de pouvoir palestinienne sur Bethlehem, en décembre 1995, Arafat a placé l’Église de la Nativité sous sa supervision politique directe. Les Palestiniens convertis au Christianisme ont été harcelés, des cimetières chrétiens ont été détruits, les lignes téléphoniques de monastères ont été coupées et des couvents ont été cambriolés. En décembre 1997, The Times of London relatait: «La vie à Bethlehem (sous contrôle palestinien) est devenue insupportable pour de nombreux membres de la minorité chrétienne déclinante. Les tensions croissantes entre Musulmans et Chrétiens ont incité des Chrétiens à renoncer à la célébration de Noël dans cette ville pourtant centrale dans l’histoire de la naissance du Christ.»
En mai 1999, le cheikh Yussef Salameh, sous-secrétaire des affaires religieuses de l’AP, vanta la notion selon laquelle les Chrétiens devraient devenir des dhimmis sous le règne musulman et de telles suggestions sont devenues plus communes depuis le début de la deuxième intifada en octobre 2000.
Peut-être plus inquiétant encore pour l’avenir des Chrétiens en terre sainte, le Grand Mufti de Jérusalem, un proche d’Arafat, a déclaré qu’il n’existait pas une pierre juive à Jérusalem et «pas le moindre signe de l’existence d’un temple juif à cet endroit par le passé». Mais d’où, alors, Jésus a-t-il chassé les marchands du Temple? Le Grand Mufti ne le dit pas, mais il n’est pas étonnant, dans une telle atmosphère, que les célébrations mondiales tant attendues du 2000e anniversaire de Jésus de Nazareth aient dû être annulées en l’an 2000, et le fait que les fêtes chrétiennes aient été annulées pour la deuxième fois consécutive n’a rien de surprenant non plus.
Aujourd’hui, l’AP prétend traiter les Chrétiens de manière égale et protéger leurs lieux saints. Et il est vrai que plusieurs Chrétiens ont occupé des postes dans l’administration de l’AP. Mais la religion officielle de l’AP a parfois des dérapages révélateurs. Ainsi, dans un sermon du vendredi 13 octobre 2000 diffusé en direct sur la chaîne de télévision officielle de l’Autorité palestinienne depuis une mosquée de Gaza, Ahmad Abu Halabiya proclama: «Allah tout-puissant nous a appelé à ne pas nous allier aux Juifs et aux Chrétiens, à ne pas les apprécier, à ne pas devenir leurs partenaires, à ne pas les soutenir et à ne pas signer d’accords avec eux.»
En outre, aucune loi de l’AP ne protège la liberté de conscience. Une déclaration du ministère de l’information de l’AP affirme bien que «la liberté de religion et de pratiquer les cultes de sa religion sont protégés», mais il précise aussi que «le peuple palestinien est aussi gouverné par la loi [islamique] de la charia […] pour toutes les questions liés à la religion. Selon la charia, applicable dans l’entier du monde musulman, tout Musulman qui [se convertit] ou déclare devenir un incroyant commet de ce fait un crime majeur passible de la peine capitale. […] l’Autorité palestinienne ne peut pas adopter une position différente en la matière.» Afin de rassurer les Chrétiens, la déclaration ajoute que la peine capitale pour conversion religieuse «n’a jamais été appliquée et il est improbable qu’elle le soit» dans les territoires palestiniens, mais «si de telles situations se présentent, elles seront réglées selon l’usage et la tradition».
Divers autres éléments indiquent que l’Autorité palestinienne intimide activement les Chrétiens. En août 1997, les policiers palestiniens ouvrirent le feu sur une foule d’Arabes chrétiens à Beit Sahur, faisant six blessés. Le commandant local de la police palestinienne ordonna aux journalistes de ne pas relater l’incident. À la fin juin 1997, un Palestinien du nord de la Cisjordanie converti au Christianisme a été arrêté par le service de sécurité préventive de l’Autorité palestinienne. Il avait assisté régulièrement aux messes et aux prières, il distribuait des bibles. Plus récemment, le pasteur d’une église de Ramallah a été averti par les agents de sécurité de l’AP qu’ils avaient relevé ses activités évangéliques dans la région et qu’ils voulaient l’interroger dans leurs locaux sur le thème de la diffusion du Christianisme. Un Palestinien converti au Christianisme vivant dans un village proche de Naplouse a été arrêté par la police palestinienne. Un prêcheur musulman est alors arrivé et a tenté de convaincre le converti de revenir à l’Islam. Après son refus, il a été condamné à une peine de prison par un tribunal palestinien pour insulte au dirigeant religieux en question. Des policiers palestiniens ont rendu visite à un Palestinien de Ramallah à son domicile et l’ont averti que s’il continuait de prêcher le Christianisme, il serait arrêté pour espionnage au bénéfice des Israéliens.
Un autre rapport, de 2002, basé sur des renseignements israéliens récoltés pendant l’opération Bouclier défensif, indique que «le réseau des services de renseignement du Fatah et d’Arafat intimide et maltraite la population chrétienne de Bethlehem. On leur extorque des fonds, on confisque des terres et on les laisse sans protection, à la merci de gangs et d’autres groupes criminels.»
Des constats semblables ont été relatés dans le Washington Times à la suite de la prise par l’AP de l’Église de la Nativité de Bethlehem en avril 2002. Les résidents de cette cité biblique se sont dits soulagés à l’annonce de l’exil à Chypre de 13 militants palestiniens qui leur avaient imposés, disaient-ils, deux ans de règne de terreur, y compris viols, extorsions et exécutions. Les 13 militants exilés à Chypre de même que 26 autres envoyés dans la bande de Gaza s’étaient réfugiés dans l’Église de la Nativité, provoquant ainsi un siège de 39 jours. Les Palestiniens vivant près de l’Église décrivirent le groupe comme un gang de criminels qui s’attaquaient spécialement aux Chrétiens palestiniens, exigeant des principaux artisans et commerçants qui produisent et vendent des articles religieux qu’ils les paient pour leur protection. «Enfin les Chrétiens peuvent respirer», s’exclama Helen, 50 ans, une Chrétienne mère de quatre enfants. «Nous sommes si heureux de voir partir ces criminels qui nous ont intimidés pendant si longtemps.»
Il faut ajouter que pendant ce règne de terreur, l’organisation des Brigades des martyrs d’Al-Aqsa (une organisation déclarée terroriste par les États-Unis) de l’AP envoya une lettre à la municipalité de Bethlehem demandant de l’aide sous la forme de contributions financières à des opérations militaires. Cette lettre était signée «Brigades des martyrs du Fatah/d’Al-Aqsa et (de l’église) de la Nativité.
D’autre part, l’AP a fait preuve de mépris pour les sites sacrés chrétiens. Par exemple, Yasser Arafat décida, sans obtenir de consentement préalable, de transformer le monastère orthodoxe grec situé près de l’Église de la Nativité en son domicile pendant la durée de sa visite sur place. Le 5 juillet 1997, l’OLP saisit le monastère de la Trinité de Hébron, expulsant violemment les moines et les nonnes.
Après l’explosion des violences palestiniennes en septembre 2000, la milice Tanzim de l’AP préféra s’installer dans le village chrétien de Beit Jala pour tirer sur Jérusalem, plutôt qu’à tout autre endroit d’où ses membres auraient pu prendre pour cible des communautés établies sur des terres capturées en 1967. Ils prirent position ostensiblement dans ou à proximité immédiate des domiciles, des hôtels et des Églises (par ex. Saint-Nicolas) des Chrétiens ainsi que du club orthodoxe grec, sachant qu’une erreur minime des répliques israéliennes aurait pour conséquence d’endommager des institutions ou des maisons de Chrétiens.
Andreas Reinecke, chef du Bureau de liaison allemand auprès de l’AP, adressa à l’époque la protestation suivante: «J’aimerais ici attirer votre attention sur des incidents qui se sont produits à l’école Talitakoumi de Beit Jala […] qui est financée essentiellement par l’Église protestante de Berlin. Ces derniers jours, le personnel de l’école a observé des tentatives de la part de plusieurs Palestiniens armés d’utiliser les installations de l’école et certains de ses jardins pour leurs activités. Or cela compromettrait la poursuite du fonctionnement de l’école, où étudient pas moins de 1000 Palestiniens [chrétiens].»
Mais le pire exemple de manque de respect pour les sites sacrés des Chrétiens a eu lieu en avril 2002, avec l’occupation de l’Église de la Nativité de Bethlehem par les forces de l’AP et la prise de plus de 40 otages parmi le clergé et les nonnes. Comme l’a confirmé un commandant chevronné du Tanzim, Abdullah Abu-Hadid, «l’idée consistait à pénétrer dans l’Église afin de créer une pression internationale sur Israël. […] Nous savions au préalable que l’endroit contenait l’équivalent de deux ans de nourriture pour 50 moines – de l’huile, des haricots, du riz, des olives –, de bonnes salles de bain et les plus grands puits de la vieille ville. Nous n’avions pas besoin d’électricité, car il y avait des bougies. Et ils cultivaient des légumes dans la cour. Tout était disponible sur place.» Selon les témoins, les quelque 150 à 180 attaquants armés, dont des soldats et des policiers de l’AP, se conduisirent comme des soudards, faisant feu dans l’Église, menaçant les officiants, dévastant les réserves de nourriture, volant les livres saints et brisant les croix.
L’irrespect de l’AP pour le Christianisme s’exprime aussi à travers son approche de la question de Jérusalem, dont l’AP nie les liens avec l’histoire juive et donc avec l’histoire chrétienne. Walid M. Awad, le directeur des publications étrangères du Ministère palestinien de l’information, affirma ainsi: «La localisation du Temple [juif] sur le Mont du Temple est contestée. […] certains experts disent qu’il pourrait se trouver à Jéricho ou à un endroit éloigné de quatre kilomètres de Jérusalem.» À la question «le Nouveau Testament parle de Jésus allant au Temple à Jérusalem. Suggérez-vous que Jésus allait alors à Jéricho, et non à Jérusalem?», il répondit: «Cela dépend à quel temple vous pensez qu’il se rendait.» L’ambassadeur des États-Unis Dennis Ross affirma: «La seule idée nouvelle exprimée [par Arafat] à Camp David était que le Temple ne se trouvait pas à Jérusalem.» Et un leader chrétien, le Père Marun Lahham, s’inquiéta du fait que «les fréquentes déclarations des Musulmans selon lesquelles […] Jérusalem est [une ville] islamique perturbent les Chrétiens».
Mais revenons à Bethlehem qui, historiquement, a non seulement été une ville chrétienne, gouvernée essentiellement par des Chrétiens, mais a constitué, avec les agglomérations voisines de Beit Jala et Beit Sahur, la plus grande enclave chrétienne de Cisjordanie. Or, depuis sa mise sous contrôle palestinien en 1995, la ville a été islamisée par l’AP. Ses frontières municipales ont été modifiées afin d’inclure 30.000 Musulmans vivant dans trois camps de réfugiés voisins, ce qui a sévèrement modifié sa démographie. La ville incorpora également quelques milliers de Bédouins de la tribu des Ta’amra, située à l’est de Bethlehem, et les autorités encouragèrent l’immigration de Hébron vers Bethlehem. Résultat: les 23.000 Chrétiens formant une majorité de 60% en 1990 étaient devenus une minorité en 2001.
Par ailleurs, les Chrétiens palestiniens sont perçus par de nombreux Musulmans – comme l’étaient les Chrétiens du Liban – comme une cinquième colonne favorable à Israël. En fait, au début des violences de l’an 2000, les Palestiniens musulmans attaquèrent les Chrétiens de Gaza, comme le confirme le Père Raed Abusahlia, chancelier du Patriarcat latin de Jérusalem.
Les graffitis antichrétiens ne sont pas rares à Bethlehem et dans le voisinage de Beit Sahur, par exemple: «D’abord, les gens du samedi (les Juifs), puis les gens du dimanche (les Chrétiens).» La même phrase a été scandée lors de ralliements anti-israéliens de l’OLP/AP. Des femmes chrétiennes de Bethlehem ont été intimidées, accusées de porter des vêtements occidentaux «permissifs». Des viols et des rapts de femmes chrétiennes ont aussi été signalés comme étant fréquents (notamment à Beit Sahur), à l’instar de ce qui s’était passé au Liban.
Dans la tradition islamique instaurée par Saladin – qui fit construire deux mosquées de part et d’autre de l’Église du Saint-Sépulcre, toutes deux la dominant –, les mosquées ont poussé comme des champignons aux côtés des églises, et sont généralement plus hautes qu’elles. Les sermons musulmans ont été diffusés par haut-parleurs pendant les services religieux chrétiens, y compris pendant le discours du pape prononcé en avril 2000 à Nazareth et qui a dû être interrompu jusqu’à la fin de l’appel à la prière musulmane.
En février 2002, des Musulmans palestiniens se déchaînèrent contre des Chrétiens à Ramallah et l’Autorité palestinienne n’a pas réagi. Selon le Boston Globe,
Les saccages débutèrent à la nouvelle que Hanna Salameh, membre d’une famille chrétienne fortunée, aurait tué Jibril Eid, un entrepreneur musulman du camp de réfugiés de Kalandia, à la suite d’une dispute au poste de contrôle de l’armée israélienne de Kalandia. […] Quelques heures plus tard, des centaines d’hommes se précipitèrent hors du camp pour se rendre à Ramallah, où ils brûlèrent la maison et le magasin de Salameh. Puis ils brûlèrent le magasin de son frère, endommagèrent plusieurs commerces tenus par des Chrétiens non liés aux Salamehs et incendièrent la salle d’exercice et terrorisèrent plus de cent enfants du centre de scoutisme et de jeunesse de Sariya.
Selon de nombreux témoins, la police palestinienne n’entreprit rien pour stopper ces destructions, mais découragea la foule lorsqu’elle se dirigea vers les églises chrétiennes que les leaders palestiniens cultivent avec soin pour favoriser le soutien international dans leur lutte contre Israël.
Des officiels de l’AP et du Fatah affirmèrent que l’incident n’était qu’une question de revanche et de fureur spontanée, mais à Ramallah, de nombreuses voix discordantes se font entendre. «La vérité est qu’il y a un problème entre Chrétiens et Musulmans», déclara un homme d’affaires chrétien. «Il n’y a pas de sécurité pour nous. Chacun fait la loi. […] Le frère de cet homme qu’ils accusaient – ils ont brûlé sa maison, ses magasins, ses véhicules et la police de Ramallah était là, à regarder. C’est cela, la démocratie de la Palestine?» «Le chef de la sécurité de Kalandia menait ces saccages», dit un commerçant musulman. «Le maire de Ramallah est venu, il a vu ce qui se passait, et il est reparti. Je suis un Musulman, mais je condamne cela. Ces gens sont des sauvages.»
En dépit de tout cela, les Chrétiens palestiniens parlent peu de leur situation. «Par crainte pour leur sécurité, les porte-parole chrétiens ne veulent pas être nommés lorsqu’ils se plaignent des mauvais traitements subis par les Musulmans. […] En privé, ils parlent de harcèlement et de tactiques terroristes, essentiellement par les gangs qui pillent et dévalisent les Chrétiens et leurs propriétés, sous la protection du personnel de sécurité palestinien.»
À noter qu’entre-temps, des Chrétiens palestiniens ont décidé de briser leur silence et leurs révélations confirment parfaitement l’évolution esquissée ici. Toutefois, ces informations étant postérieures à l’émission incriminée, leur contenu ne sera pas davantage explicité.
* * *
À en croire cette émission de la TSR, les problèmes des Chrétiens de Cisjordanie proviennent essentiellement d’Israël et semblent résulter d’un choix péremptoire, car non expliqué, du gouvernement israélien. Pour les gens qui prennent leurs renseignements à cette seule source, ou qui la considèrent comme une source particulièrement digne de confiance, et ce avec quelque raison, puisque la loi l’oblige en principe, en matière d’information, à proposer des programmes qui «représentent fidèlement les événements [et] reflètent équitablement la pluralité de ceux-ci ainsi que la diversité des opinions», il est évident que le problème de ces gens est Israël, et que les Musulmans causent tout au plus quelques désagréments, et ce probablement pour la même raison.
L’impression générale laissée par ces séquences fait peser sur Israël la responsabilité presque entière des malheurs des Chrétiens de Bethlehem. Or, un descriptif équilibré par la connaissance et la prise en compte des informations complémentaires présentées ici aurait produit une impression générale très différente.
Et ce n’est pas une exception comme le montre l’examen, aux pages suivantes, de la rétrospective de la guerre de l’été 2006 entre Israël et le Hezbollah réalisée par l’équipe d’information de la TSR.
Émission du 29 décembre 2006
La rétrospective démarre sur des images de tirs d’artillerie de l’armée israélienne. Puis, un nuage de fumée au-dessus d’une ville, sans doute Beyrouth. Commentaire:
Le cauchemar. Une nouvelle fois. Les Libanais avaient presque oublié la guerre de 78, Israël bombarde à nouveau le Liban-Sud, jusqu’à Beyrouth.
Cette phrase et ces images suggèrent qu’Israël bombarde: 1. l’entier du Liban-Sud, y compris Beyrouth; 2. des Libanais. Et que ce n’est pas la première fois. Le choc de cette entrée en matière donne une impression générale d’attaque massive, indifférenciée et réitérée contre le pays et sa population. Et cela de manière unilatérale: ce n’est que dans la prochaine phrase, sur des images qui montrent alors des immeubles détruits, des tas de gravas, des gens qui s’activent dans des décombres fumants, que la commentatrice donnera une raison, la seule mentionnée, pour ce comportement de l’armée israélienne:
À la source du conflit, la capture de deux soldats israéliens, par le Hezbollah, le mouvement chiite libanais. Résultat: un mois de guerre et 1300 morts, dont plus de 400 enfants. Le massacre de Cana bouleverse le monde entier.
Le ton est accusateur. Israël a commis là des actes injustifiés et répréhensibles. Le terme de «massacre», qui évoque des tueries d’une cruauté exécrable, est même prononcé. Les images soutiennent ce réquisitoire, toujours bien alignées sur le commentaire:
Les ponts sont détruits, les routes sont coupées, les réservoirs de pétrole en feu. Résultat: une immense marée noire — 15 000 tonnes de brut sont déversées dans la Méditerranée.
Israël, semble-t-il, détruit uniquement des installations civiles, des immeubles en ville, des ponts, des routes et des réservoirs de pétrole, causant même une «immense» marée noire. Israël semble concentrer son effort de guerre sur la société civile libanaise. Puis les images montrent des foules en liesse brandissant des drapeaux libanais (ceux du Hezbollah sont absents) au passage de troupes (sur des routes en parfait état). Commentaire:
Le 11 août, le conseil de sécurité de l’ONU obtient un cessez-le-feu. C’est le retour triomphal de l’armée libanaise.
De quel triomphe l’armée libanaise pouvait-elle se réclamer? Puis les images nous montrent des soldats français (brassards tricolores bien visibles):
Les premiers soldats de la Finul, les forces de l’ONU au Liban, débarquent. Ils sont là pour aider à la reconstruction du pays.
Et la rétrospective se termine sur des images d’embouteillages et une sombre perspective:
Des centaines de milliers de personnes rentrent alors chez elles, dans un pays infesté de bombes à sous-munitions.
Pour présenter les choses de cette manière, il faut faire abstraction de très nombreuses informations, fournies notamment par les autorités israéliennes. Sans entrer dans le détail des origines et des effets de la «guerre de 78» (trois ans après l’invasion du Liban par les troupes syriennes et alors que le Liban-Sud était le bastion de l’OLP), il faut relever au moins les informations suivantes:
L’attaque du Hezbollah, le 12 juillet 2006, ne se résumait pas au rapt de deux soldats. C’était «la plus grave attaque commise depuis le retrait de Tsahal du Liban en mai 2000», un acte de guerre exécuté par un commando bien armé (lourdes charges explosives au sol, missiles anti-char, appui d’artillerie) et entraîné, avec franchissement de frontière et mort d’hommes. L’opération avait visiblement été orchestrée: un engin blindé israélien lancé à la poursuite des attaquants a été détruit et son équipage tué sur le coup par une charge de quelque 300 kilos d’explosif placée sur sa route logique à la poursuite du commando. Des unités d’infanterie et des blindés qui tentèrent alors de récupérer le char furent pris pour cibles par des tireurs embusqués. Le tout était accompagné de tirs de missiles sur plusieurs localités israéliennes (on dénombra alors notamment trois blessés à Shetula) et des positions de Tsahal dans le secteur.
Or les événements allaient très vite montrer que ces attaques étaient elles aussi bien planifiées, au point de pouvoir se poursuivre malgré les bombardements israéliens: le Hezbollah a tiré 120 à 150 roquettes ainsi que des obus de mortier et des missiles anti-char entre le 12 et le 13 juillet, faisant deux victimes civiles et 115 blessés. Et ce rythme a été maintenu tout au long du mois de juillet, comme l’indique cette estimation des tirs quotidiens sur Israël:

Ces tirs provenaient essentiellement des lieux suivants…

…et visaient délibérément des objectifs non militaires, comme l’indique l’analyse de listes de cibles de tirs de l’une des positions du Hezbollah, à Shihin (la carte ci-après indique les cibles de cette position de tir en Israël):

Sur les 91 cibles prévues par cette liste (un tableau de trois pages rédigé en arabe), 56 sont purement civiles et 27 sont des positions et des bases trop petites pour être visées efficacement par les roquettes utilisées, de sorte qu’il fallait s’attendre à ce que des civils soient touchés également (par au moins une roquette sur deux). À relever que ces listes de cibles prouvent que le Hezbollah est coupable de l’équivalent, pour une nation, de crimes de guerre prémédités, préparés de longue date (les listes datent de décembre 2005) par son commandement central.
Mais la question troublait si peu les dirigeants du Hezbollah qu’ils se vantaient à la télévision, sur des clips passant plusieurs fois par jour, de viser justement des villes et des villages israéliens. Voici deux images de ces clips énumérant la liste des cibles du Hezbollah en Israël.

Une bande permanente y annonçait même (Al-Manar, 19 juillet) que 176 «implantations» (au sens de «colonies illégales», car pour le Hezbollah, l’État Israël n’existe pas et le nord du pays est en fait «le nord de la Palestine occupée») et 480.000 habitants avaient été pris pour cibles. De fait, les roquettes du Hezbollah ne touchèrent guère que des civils, malgré les mesures de précaution prises en Israël (descente aux abris systématique pour un million de personnes, déplacements de près de 500.000 autres). Les pires dommages causés à l’armée israélienne par ces engins furent dus à une roquette qui toucha un groupe de réservistes près de l’entrée d’un kibboutz (Kfar Giladi, le 6 août).
Sur le terrain, rien ne confirmait les premières déclarations télévisées de Hassan Nasrallah, le 12 juillet, sur Al-Manar, selon lesquelles son organisation «n’était pas intéressée par une escalade du conflit». L’armée israélienne faisait face au contraire, dès le premier jour, à une agression concertée et à des dizaines de «cibles légitimes» d’où des attaques étaient lancées non seulement contre elle, mais surtout contre la population civile israélienne – il était du devoir de cette armée de faire taire ces sources de feu. Et si elle n’y est pas parvenue rapidement, malgré sa supériorité militaire, c’est en raison du degré de préparation du Hezbollah.
Depuis six ans, le Hezbollah avait en effet consacré des moyens et des efforts considérables à moderniser son infrastructure militaire, à la rendre résiliente aux attaques israéliennes, à en faire une source de menace sérieuse pour la population israélienne et à asseoir son pouvoir politique au Liban, tout cela avec le soutien de l’Iran et de la Syrie, comme l’a d’ailleurs confirmé lui-même entre-temps le chef du Hezbollah:
«L’Iran soutient l’organisation [le Hezbollah] en fournissant des fonds, des armes et de l’entraînement, sur la base d’une fraternité religieuse et d’une solidarité ethnique. Et l’aide est transmise via la Syrie, et tout le monde le sait.»
La tâche de Tsahal était rendue très délicate par le choix de positions d’attaque du Hezbollah, ici aussi délibéré et préparé de longue date, au mépris le plus total du droit de la guerre. Ainsi, de très nombreux missiles étaient tirés depuis les villages du Liban-Sud. Voici une statistique établie sur la base des relevés radars des FDI:

Et c’est en fait toute l’infrastructure du Hezbollah qui prenait l’allure d’installations civiles:

Des enquêtes sur le terrain, des films tournés par les forces aériennes, des interviews de combattants du Hezbollah arrêtés par les FDI, des plans de stockage et d’usage d’explosifs, des plans de mission, des contrats de location, des listes de fournisseurs «agréés», des listes de cibles, des déclarations publiques, des photographies aériennes, des relevés radar indiquent que la quasi-totalité des infrastructures militaires du Hezbollah qui pouvaient l’être ont été camouflées dans des installations à destination civile: armes transportées dans des véhicules civils, installations militaires dissimulées dans des stations d’antennes civiles, résidences entières servant de caches d’armes ou de lieux de commandement, idem pour des caves de résidences, des bâtiments annexes, des pièces isolées de logements, des étages isolés d’immeubles d’habitation, des bâtiments adjacents à des moquées et jusqu’aux logis entiers des habitants – toutes les infrastructures civiles du Liban-Sud étaient à la disposition des combattants du Hezbollah, qui en firent largement usage, allant jusqu’à piéger des bâtiments civils. Tout ceci au mépris de toutes les considérations du droit applicable.
Et, compte tenu de l’imbrication exceptionnellement élevée du Hezbollah dans la population et les infrastructures civiles, Israël a pris plusieurs mesures, militairement fort peu judicieuses, afin de prévenir autant que possible les victimes civiles:
Des centaines de milliers de tracts ont été largués par avion sur plusieurs régions et à plusieurs reprises pour inviter la population à se rendre au nord de la rivière Litani (par exemple 510.000 le 16 juillet, 350.000 le 21 juillet). D’autres tracts ont été largués sur les quartiers sud de Beyrouth et sur tous les districts concernés, enjoignant la population de quitter les endroits utilisés par le Hezbollah. Des appels téléphoniques personnels ont été lancés aux responsables politiques locaux. Des messages en arabe ont été émis sur une station de radio. Des dizaines de milliers de messages vocaux ont été adressés à des abonnés réguliers. Des stations de radio libanaises ont été piratées pour diffuser des avertissements sur des fréquences largement écoutées au Liban. Des actions ponctuelles ont aussi été lancées pour prévenir les habitants des mouvements de véhicules et des actions de l’armée israélienne, en dépit du manque d’efficacité militaire évident de telles précautions.
Les médias locaux ont repris ces informations. Ces campagnes ont notamment été signalées sur Al-Arabya TV, par Reuters (en arabe) et par le quotidien libanais Al-Nahar.
Au vu et au su de ce qui précède, le raccourci, la simplification extrême proposée par la rétrospective de la TSR, qui établit un lien direct entre la capture de deux soldats israéliens et le bilan libanais, induit le public en erreur, de même, par ailleurs, que le fait de qualifier le Hezbollah de simple «mouvement». Cette présentation des événements, ce lien établi entre une information tronquée et un bilan global exprimé en nombre de morts, en précisant le nombre d’enfants parmi eux, révèle même une intention d’orienter l’impression générale transmise aux téléspectateurs.
En effet, les informations disponibles permettaient de démontrer valablement que le Hezbollah se servait systématiquement de la population libanaise comme d’un bouclier humain, utilisait systématiquement des installations en principe purement civiles et visait systématiquement des populations civiles en Israël. Ceci tandis que l’armée israélienne faisait de réels efforts pour ne viser que des cibles légitimes au sens du droit applicable et pour minimiser le nombre de victimes civiles libanaises. Une information équitable peut-elle passer sous silence des faits d’une telle importance et aussi solidement établis?
Et qu’en est-il, en revanche, de l’information que la TSR croit utile de rappeler à propos du «massacre de Cana»? Comme nous venons de le voir, cette tragique affaire était en majeure partie due à la politique de mise en danger systématique des civils pratiquée par le Hezbollah. Le nombre de ses victimes a été d’abord largement exagéré (plus de 50 selon la TSR lors du premier flot de nouvelles, 28 selon la Croix Rouge ). Et le «massacre de Cana» a servi à une propagande morbide détestable – des dépouilles d’enfants ont été transportées, déplacées et orientées exprès pour les journalistes, par des gens qui maîtrisaient visiblement les techniques de prises de vue, au point qu’il faut douter de la véracité des images et des comptes rendus des médias réalisés à Cana.
Les journalistes de la TSR ignoraient-ils cela? S’ils ne l’ignoraient pas, pouvaient-ils remplir dignement le mandat confié par la Confédération à la TSR sans en tenir compte d’aucune manière dans le cas d’espèce?
D’autant plus qu’à ce doute ponctuel s’ajoutent plusieurs incidents révélant que les médias ont été sciemment manipulés par le Hezbollah pendant cette guerre. Des images d’agence parues dans les plus grands médias de la planète ont été retouchées ou mises en scène. Le PDG de Reuters déclara sur les ondes de CNN que le phénomène était largement répandu. Un journaliste de CNN a déclaré publiquement qu’il avait été manipulé par le Hezbollah pour orienter son reportage de manière à donner une image négative d’Israël.
D’autre part, les autorités israéliennes ont indiqué que 150 roquettes avaient été lancées avant l’attaque depuis Cana et ses abords immédiats et que les résidents avaient été avertis à plusieurs reprises, par plusieurs moyens, qu’ils devaient quitter les lieux. Montrer des images de Cana sans préciser aucun de ces éléments, dans le contexte en question, équivalait à faire porter à Israël le blâme de ce drame. Or l’examen des éléments d’information dont les journalistes disposaient en décembre 2006 ne permettait nullement de présenter les choses de cette manière sans compromettre gravement la pluralité des faits et la diversité des opinions et sans répandre une impression générale orientée.
Qu’en est-il également de ce que le commentaire de la TSR qualifie d’«immense marée noire»? Selon un site proche du ministère français de l’Écologie et du développement durable et de milieux écologiques, la plus grave marée noire de source unique a été celle du puits sous-marin Ixtoc One, dans le golfe du Mexique, en 1979, avec entre 470.000 et 1.500.000 tonnes de pétrole déversés. Pendant la première guerre du golfe, en 1991, 700 à 900.000 tonnes de pétrole auraient été répandues dans la mer. D’autres marées noires de grande ampleur sont répertoriées notamment au Brésil (plateforme pétrolière en 2001, 350.000 tonnes) et en Afrique du Sud (Castillo de Bellver, 250.000 tonnes). En Méditerranée, on peut citer l’affaire de l’Urquiola en 1976 (100.000 tonnes), de l’Amoco Cadiz en 1978 (223.000 tonnes), de l’Independenta en 1979 (95.000 tonnes), de l’Irenes Serenade en 1980 (102.000 tonnes), du Haven en 1991 (140.000 tonnes) ou encore de l’Aegian See en 1992 (80.000 tonnes).
Avec 15.000 tonnes, il paraît donc excessif de parler d’une «immense marée noire», d’autant qu’il s’agit d’un maximum – le rapport le plus officiel indique «entre 10000 et 15000 tonnes». Ici aussi, le choix des images et le commentaire ont pour effet d’orienter l’information, ce qui compromet la mission d’information confiée par la Confédération à la TSR. Et ce dans un sens qui semble largement systématique. Surtout si l’on considère que la rétrospective ne dit pas un traitre mot sur les victimes israéliennes (les deux soldats enlevés exceptés) et les dégâts subis par Israël – également sur le plan environnemental – pendant ce conflit.
Ainsi, ce résumé de la TSR
– simplifie de manière outrancière le cours des événements,
– en exagère certains aspects au détriment d’autres,
– ne présente aucun élément d’information permettant d’expliciter le comportement d’Israël et
– passe entièrement sous silence les crimes de guerre qualifiés perpétrés systématiquement, sciemment et ouvertement par le Hezbollah,
ce qui engendre une impression générale faussée, incitant les téléspectateurs, concrètement, à condamner Israël et à ignorer les crimes du Hezbollah.
Or cette attitude, ces penchants, ces omissions ciblées spécifiques, ne sont pas des cas isolés, comme le révèle l’examen approfondi des convictions de hauts responsables de l’information de la TSR rendu possible par une procédure de plainte analogue à la présente visant une émission (Temps Présent du 26 octobre 2006, «Soha Bechara, retour au pays du Hezbollah») consacrée au Hezbollah. Ainsi, la plainte en question, déposée en janvier 2007 auprès de l’AIEP relève les points suivants:
– [Cette démarche] équivaut à présenter au public une image gravement tronquée d’un organisme [le Hezbollah] transportant un projet de civilisation dont la Cour européenne des droits de l’homme a clairement affirmé, en 2001 et en 2003 (affaire Refah Partisi), qu’il est incompatible avec la démocratie.
– [Cette] image vient s’inscrire dans un flot extrêmement dangereux de propagande antisémite. De fait, les organisations juives de Suisse peuvent faire état d’une dégradation de la situation à cet égard. Les amalgames, notamment, entre Israéliens et Juifs, deviennent plus fréquents et les remarques clairement antisémites se répandent de manière inquiétante dans notre pays.
Nous voulons trouver ici une indication sérieuse du fait que les responsables de l’information de la TSR, dans leur ensemble, sciemment ou pas, répandraient une impression générale partisane opposée à Israël, camouflant les dangers de l’islamisme et favorisant l’antisémitisme en Suisse.
Pour toutes ces raisons, nous estimons que les émissions en question violent la législation en vigueur et nous souhaitons prier l’Autorité indépendante d’examen des plaintes en matière de radiotélévision de statuer à ce sujet. Dans cette attente, nous vous prions d’agréer, Maître, Madame, Monsieur, l’expression de notre parfaite considération.
Pour la rédaction de la plainte (établie en dix exemplaires):
Alain Jean-Mairet
Annexes:
– Avis de médiation du 28 février 2007
– Déclarations de soutien de XX cosignataires
– CD «Hezbollah» contenant:
– la présente, sous forme de document PDF (hyperliens cliquables);
– un rapport de 304 pages («Hezbollah.pdf») sur la guerre du Liban rédigé par un groupe d’experts du Center for special studies israélien placé sous la direction de Reuven Erlich, colonel en retraite de l’armée israélienne, avec la collaboration du renseignement militaire israélien, de la direction des opérations militaires israéliennes, du porte-parole et des experts juridiques des Forces de défense israéliennes et du Ministère israélien des Affaires étrangères;
– Diverses images vidéo («Multimedia.exe») illustrant ledit rapport (vues aériennes des zones de combat, reportages sur le terrain, images télévisées, témoignages de combattants du Hezbollah).
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[...] d’y réfléchir, voici un extrait d’une plainte administrative (version avec références complètes) contre une émission de la TSR relatant les combats en [...]