October 10, 2005
Réformer l’Islam de l’extérieur?
C’est l’idée qui vient le plus naturellement à l’esprit des Musulmans ou ex-Musulmans d’Occident, bien sûr, à l’image de Tariq Ramadan, qui ne fait toutefois que jouer sur le terme, et les mots, sans proposer la moindre réforme concrète, au contraire, ou de Salman Rushdie, qui ne s’attend à l’émergence d’aucun mouvement de ce type depuis les pays arabo-musulmans.
L’idée paraît séduisante, facile surtout: au contact de l’Occident et des avantages évidents qu’offrent les droits démocratiques et la laïcité (sécurité, liberté, prospérité, progrès), les Musulmans devraient comprendre la nécessité d’adapter leur religion et d’en expurger les éléments agressifs, les exhortations au meurtre des infidèles, les ambitions de domination mondiale.
Mais c’est hélas tout à fait impossible, et il faut vraiment que Ramadan soit hypocrite jusqu’en son tréfonds et Rushdie bien fatigué par trop de jeux intellectuels pour croire en cette issue. Pourquoi?
D’abord et surtout, il y a un conflit sur l’essence même des concepts utilisés. L’Islam, comme toutes les idéologies, comporte certains éléments centraux et obligatoires et d’autres qu’il est possible de remettre en question, de discuter. Ainsi, l’Islam reste l’Islam, par exemple, même si l’on y change radicalement la manière de traiter les morts – oubliés sous un peu de sable et sans la moindre inscription pour certains, révérés dans de véritables villes-mausolées pour d’autres.
Mais l’Islam n’est pas l’Islam, par exemple, sans la foi en un dieu unique, exclusif et tout-puissant. Même si nous pouvions réunir des millions de Musulmans qui acceptent la légitimé de dieux divers au nom des versets sataniques, par lesquels Mahomet reconnut, brièvement, des déesses préislamiques au titre de «filles d’Allah», nous n’en ferions pas une religion réformée pour autant. Nous n’aurions guère créé qu’une secte de plus, à l’image, par exemple, des Alaouites.
Or il faut, pour réformer l’Islam de manière à le rendre tolérable pour le non-Islam, changer des éléments qui, contrairement à la situation régnant dans les autres religions dites monothéistes, se situent au cœur même de la foi musulmane, qui en constituent l’essence, la flamme vive, l’origine centrale, le noyau dur.
Ainsi, le Coran, la parole de ce dieu unique et tout-puissant, est un message résolument centré sur l’exclusion de toute autre religion que l’Islam. Démonstration: le Coran classe ses sourates par ordre de taille décroissant, sauf quelques exceptions mineures (vers le milieu de l’ouvrage) et une exception majeure: la première sourate, qui ne compte que six (ou sept, le premier pouvant être considéré comme une introduction de portée générale) versets et qui est récitée à plusieurs reprises au cours de chacune des cinq prières quotidiennes du Musulman moyen, dès l’enfance.
Et que dit cette première sourate, si fortement mise en évidence? De bonnes choses, à première vue:
1. Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. 2. Louange à Allah, Seigneur de l’univers. 3. Le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux, 4. Maître du Jour de la rétribution. 5. C’est Toi [Seul] que nous adorons, et c’est Toi [Seul] dont nous implorons secours. 6. Guide-nous dans le droit chemin, 7. le chemin de ceux que Tu as comblés de faveurs, non pas de ceux qui ont encouru Ta colère, ni des égarés.
Mais quel est ce chemin, sinon le djihad? Et qui sont ces égarés? À qui pensent les Musulmans en répétant, des milliers de fois, cette sourate en apparence anodine? Ce sont les mêmes, car désignés par les mêmes termes, que ceux
frappés de malheur, pour n’avoir pas cru aux signes d’Allah, et assassiné injustement les prophètes, et aussi pour avoir désobéi et transgressé. (3:112);qu’Allah a maudit, qui [ont] encouru Sa colère, et ceux dont Il a fait des singes, des porcs, et de même, celui qui a adoré le Tagut, ceux-là ont la pire des places et sont les plus égarés du chemin droit. (5:60)
Oui, ce sont les «gens du Livre» à qui il faut dire, entre beaucoup d’autres choses,
(…) n’exagérez pas en votre religion, s’opposant à la vérité. Ne suivez pas les passions des gens qui se sont égarés avant cela, qui ont égaré beaucoup de monde et qui se sont égarés du chemin droit. Ceux des Enfants d’Israël qui n’avaient pas cru ont été maudits par la bouche de David et de Jésus fils de Marie, parce qu’ils désobéissaient et transgressaient. Ils ne s’interdisaient pas les uns aux autres ce qu’ils faisaient de blâmable. Comme est mauvais, certes, ce qu’ils faisaient! Tu vois beaucoup d’entre eux s’allier aux mécréants. Comme est mauvais, certes, ce que leurs âmes ont préparé, pour eux-mêmes, de sorte qu’ils ont encouru le courroux d’Allah, et c’est dans le supplice qu’ils éterniseront. (5:77 et s.).Et puis, vous, les égarés, qui traitiez (la Résurrection) de mensonge, vous mangerez certainement d’un arbre de Zaqqoum. Vous vous en remplirez le ventre, puis vous boirez par-dessus cela de l’eau bouillante, vous en boirez comme boivent les chameaux assoiffés. Voilà le repas d’accueil qui leur sera servi, au jour de la Rétribution. (56:51 et s.)
Et cetera, et cetera, et cetera (il vaut la peine de cliquer sur ces liens). Quinze à vingt fois par jour, une vie durant. Et il y a des périodes autrement plus intensives. Comment réformer cela? En promouvant des «interprétations» de ce type, qui se concentrent sur la grammaire, la prononciation, le sens méditatif ou spirituel?
Le seul moyen qui ait jamais fait ses preuves consiste à renoncer à la prière islamique, à séculariser les Musulmans. Et cela peut marcher, en effet, pour les Musulmans d’Occident. Mais alors quel message de réforme pourront-ils transmettre aux Musulmans d’Islam, pour qui ils seront devenus des apostats, les pires des égarés?
Et puis il y a des aspects plus terre-à-terre, presque politiques. Des Musulmans apparemment réformés (qui ne haïssent pas trop vivement les non-Musulmans) peuvent être d’avis, tout de même, qu’il vaut la peine de jouer la carte de l’Islam dès lors qu’ils ont l’impression, par exemple, que l’Occident persécute l’Islam, ce que d’innombrables instances, notamment pro-palestiniennes s’essoufflent à mentir, ou que l’Islam a des chances de s’imposer, que ce soit par le terrorisme, par la guerre ou par la ruse. Comment aurions-nous la garantie que l’Islam se réforme bel et bien aussi longtemps qu’il se nomme l’Islam, qu’il pratique l’Islam, qu’il propage l’Islam?
Et même si les Musulmans étaient sincères à propos de cette réforme, et que, de surcroît, ils maîtrisent leur inconscient (car le message du Coran perdurerait), il nous resterait les terroristes convaincus, qui s’inspirent directement des actes du prophète et qui ne se soucient d’aucuns réformateurs. Et même si ceux-ci se calmaient, à cours de relève, d’argent, d’armement, de publicité, de hargne, il nous resterait le monde musulman – un désastre de conspirationnisme, d’échec industriel et social, de paupérisme, d’arriérisme et de médiocrité.
Et alors, ce serait «nos» Musulmans qui leur apporteraient la «réforme»? Et cette réforme consisterait à rejeter ce qui fait le cœur même de la conscience musulmane depuis des siècles? Ce serait le dernier affront. Et une telle humiliation n’est jamais tolérée sans un profond sentiment de défaite, infligée par un dominateur absolu. Ainsi, si l’Occident, la civilisation, veut réformer l’Islam de l’extérieur, sa seule voie est de le vaincre totalement, absolument, de l’écraser, comme il a vaincu les nazis ou les Japonais. Sans cela, l’Islam restera l’Islam et continuera de mener son éternelle guerre terroriste contre l’humanité.
Et c’est en vérité vers une telle issue que conduisent tant les adeptes de la réforme extérieure que ceux d’un Islam des lumières totalement imaginaire. Car l’Islam, de par sa nature même, de par ses rites, ses éléments fondateurs essentiels, nourrit la haine et la coercition à l’égard de tout ce qui n’est pas l’Islam. L’Islam est la sanctification des pires errements de la religion, de l’utilisation de l’énergie de la foi à des fins criminelles et sanglantes. Et c’est cette découverte, et cette découverte seulement, qui pourra lui apporter la réforme saine dont il a besoin.
La réforme de l’Islam doit appartenir à l’Islam en propre. C’est aux Musulmans de lancer, de nourrir, de mener à chef ce processus, de l’intérieur, du centre même de l’Islam. C’est à eux de résoudre ce terrible amoncellement d’erreurs, d’y mettre de l’ordre et d’en ramener, par une réflexion qui leur soit spécifique, les valeurs qui donneront à leur civilisation future des bases enfin raisonnables. C’est à eux de redéfinir leur foi. Alors, nous éviterons peut-être ce qui menace toujours davantage de devenir le pire des affrontements de l’histoire.
Comments(3)

[...] Voir aussi: Réformer l’Islam de l’extérieur? L’Islam est à l’épreuve des débats d’experts Comment réformer l’Islam – de l’intérieur [...]
Bonjour,
Je me présente : Mohamed Pascal Hilout, citoye français et musulman entreprenant pour refonder et non pas réformer l’islam de fond en comble.
Si la réforme pouvait avoir un sens en christianisme, elle a peu de sens en islam.
Jugez-en en consultant mon site
Avec tous mes respects
Site : http://nouvel-islam.org
Je suis sceptique quant à une réforme de l’islam, et toute refondation abouti inévitablement sur une sortie radicale de l’islam orthodoxe et de l’islam tout court, voyez l’exemple du babisme puis du ba’haïsme, tout mouvement refondateur ne peut-être à terme qu’une sortie d’un islam incompatible avec tout humanisme.