December 3, 2005
Est-il raisonnable d’épargner l’Islam?
Faut-il, comme Ludovic Monnerat («décembre 3, 2005 08:56 AM»), censurer des attaques directes contre le danger que fait peser sur notre avenir le message de haine et de suprématisme qu’un nombre croissant de Musulmans trouvent dans leurs livres saints?
Il est naturel, devant une telle question, de faire appel d’abord à ses convictions («moi, je crois»; «moi, je ne crois pas»). Et tout ce que nous avons appris, en Occident, sur la religion nous incite à éliminer d’office l’éventualité qu’une religion puisse être la source d’un phénomène absolument mauvais, tel que le terrorisme. Il est devenu «naturel» de croire que les causes sont forcément ailleurs, dans une combinaison de facteurs économiques et sociaux, dans l’accumulation de rancœurs, justifiées ou pas, et surtout dans un endoctrinement inspiré en fait par des objectifs politiques.
Et quand bien même la religion serait intimement liée à ces actes – car il faut tout de même admettre, de temps en temps, que tous les terroristes ambitieux actuels se réclament d’Allah et du prophète Mahomet –, on est tenté, bien sûr, de «croire» que les solutions, elles, sont certainement d’une autre nature, et donc qu’il est vain de s’attacher à l’aspect religieux de la question.
Et certains poussent même cette non-réflexion (car basée sur des croyances et non sur des faits) jusqu’à affirmer que de faire porter à l’Islam le blâme de l’islamisme contribuerait à renforcer l’attrait de ce dernier pour les Musulmans, et que ceux qui dénoncent la nature foncièrement malfaisante des bases de l’Islam sont en fait des extrémistes au même titre, exactement, que ceux qui nourrissent l’islamisme.
Oui, l’attitude du lieutenant-colonel Monnerat est naturelle. Mais irréfléchie, immature, dangereuse, en un mot irresponsable. Car de deux choses l’une: soit l’Islam est une religion normale, au sens où nous l’entendons, soit il ne l’est pas. Dans le premier cas, la mise sur la sellette des bases mêmes de cette religion, des textes d’époque, des chroniques faisant autorité, des interprétations majeures des juristes, des lois qui en furent dérivées, du parcours historique du prophète, puis des Musulmans, va permettre de révéler cette nature, et ainsi de désamorcer les motivations des extrémistes islamistes qui s’appuient, selon les vœux pieux de rigueur, sur une interprétation faussée de bases en fait bénéfiques.
Si nous voulons que ce processus se mette en place, nous devons signaler le problème, et non l’étouffer. Même si ce n’est qu’un faux problème. Car seule la lumière de la raison nous révélera cela, et non les idées préconçues. Et la lumière de la raison naît de l’examen à froid des éléments de preuve, pas du tâtonnement aveugle dans des convictions que plus grand monde en Occident, soit dit en passant, ne maîtrise vraiment bien. Ainsi, les convaincus de l’inanité d’une attaque – intellectuelle – contre la religion islamique devraient, pour respecter les principes de la logique et du bons sens, contrôler la véracité des affirmations de leurs adversaires, mais en aucun cas les éliminer d’emblée du dialogue.
Et bien sûr, si ces derniers devaient avoir tort, et que la religion islamique elle-même était bel et bien un ordre divin, parfaitement clair, enjoignant aux Musulmans de dominer le monde entier et leur donnant licence de tuer quiconque s’y oppose, alors il serait encore plus irresponsable de se cacher ainsi la tête dans le sable. Alors, le simple fait de laisser se répandre cette religion, ou plutôt ses textes et ses lois, servirait de moteur à l’islamisme, lui donnerait son idéologie, ses structures d’organisation, ses objectifs, sa stratégie, ses tactiques et sa justification ultime. Alors, seule une action ciblée au cœur même des convictions qui animent les Musulmans croyants (ou un miracle, bien sûr) pourrait nous sauver du désastre.
En tout être humain, il y a des valeurs universelles, capables de transcender même un ordre divin, si celui-ci n’est pas digne de ce qualificatif. Mais ces valeurs sont profondes, à des niveaux comparables à ceux où sont rangées nos convictions les plus intimes. À des niveaux où la conscience, sinon aisément couverte par le brouhaha des pensées ternes mais agréablement habituelles, devient audible. C’est là que sont les réponses, les solutions. C’est là qu’il faut aller. Sans carte ni boussole. Mais avec sa raison. Et souvent.
