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L’Islam est à l’épreuve des débats d’experts

Intéressant débat entre Jean-Paul Charnay, directeur de recherche au CNRS, et Malek Chebel, psychanalyste, sociologue et champion de l’Islam des lumières, sur la modernisation et la démocratisation de l’Islam. Surtout cette déclaration de Malek Chebel:

Si nous voulons voir émerger une autre conception des droits de l’homme et de la femme, il faut que la maturation des idées se produise à l’intérieur de l’islam. Voilà pourquoi une nouvelle interprétation des textes, par les musulmans eux-mêmes, me paraît indispensable afin d’affirmer qu’il est possible de ne plus être totalement esclave de la charia. Pour ce faire, nous devons organiser une conférence mondiale avec des savants musulmans d’envergure – c’est-à-dire écoutés et respectés par leur propre communauté – capables de réinterpréter en profondeur les textes controversés.

Voilà qui semble fort bien. Mais un tel projet n’a aucune chance d’aboutir, et Malek Chebel est trop fin pour l’ignorer. En effet, d’abord, quels savants musulmans se présenteraient à une réunion visant à réformer la religion dont ils vivent au point de se mettre en situation d’apostasie? Pour mettre sur pied une telle réunion, il faudrait que la volonté en soit préalablement présente parmi eux, de manière presque unanime. Or nous savons qu’un grand nombre de ces savants, et des plus prestigieux, pensons simplement à Qaradawi, et aux diverses mouvances islamistes, ne tiennent nullement à réformer, autrement, peut-être, que de manière purement cosmétique, ce qu’ils présentent depuis des décennies comme la perfection ou comme une perfection en puissance. Ceci à l’image de Malek Chebel, d’ailleurs.

Ainsi, le résultat d’une telle conférence d’experts pourra toujours être disputé par celui d’autres conférences, et l’instrument «conférence mondiale» s’ajoutera simplement aux autres attributs de la lutte pour le pouvoir au sein de la communauté musulmane. Et un homme qui, outre l’Islam, a étudié la psychanalyse, la sociologie, l’anthropologie et les sciences politiques jusqu’au niveau du doctorat ne s’y trompe certainement pas. Mais qu’importe – si de telles conférences se multiplient, le triste miracle de la prophétie auto-réalisatrice fonctionnera: l’Islam en deviendra plus présentable et sera mieux accepté en Occident. Comme Malek Chebel.

Mais le problème restera entier: comment persuader les Musulmans de réformer vraiment l’Islam, des éléments aussi fondamentaux que le djihad, la dhimma, les houdouds? Car même l’abandon, par exemple, de la partie militaire du djihad n’enlèvera pas à l’Islam ses visées suprématistes. Même l’abandon des châtiments corporels n’enlèvera rien à la haine des non-croyants que le coran inspire naturellement à ceux qui choisissent de croire en la nature révélée de ce livre.

Pour cela, il faut autre chose qu’une conférence d’experts qui sont autant de personnages politiques évoluant déjà sur une même scène. Pour cela, il faut un débat qui reconstitue la confrontation du monde réel, soit celle opposant l’Islam d’une part et ce que nous appelons la modernité d’autre part. Qu’est-ce que la modernité? Au-delà des définitions, ce sont des valeurs, celles qui soutiennent et nourrissent les droits et les libertés dont jouissent les individus du fait de la reconnaissance de leur simple dignité humaine, de la prédominance de cet aspect sur toute idéologie, même religieuse, lorsque celle-ci ne le respecte pas.

Le débat qui modernisera l’Islam sera celui donnant la parole à l’individu lui-même. Directement. Il faut pour cela créer non pas une conférence, mais un débat permanent, ouvert à tout un chacun, à des conditions que toute personne douée de raison et de bon sens peut réunir grâce à un minimum de bonne volonté. Ce débat est d’ailleurs déjà en cours, mené par les penseurs de notre temps et soutenu par les technologies de l’information. Mais il reste très déstructuré, fragile, répétitif, et ainsi peu productif. Pour aboutir plus rapidement à l’issue que tout esprit libre et éclairé devine sans peine, il doit simplement être optimisé, et centralisé.

Comme le révèle la tendance suicidaire exacerbée de ses croyants les plus épris de lui, ce dont l’Islam a besoin, c’est d’une remise en question fondamentale entre les valeurs de la croyance et celles de la vie elle-même. Il faut mettre ces valeurs en présence, physiquement et de manière à exclure l’influence de la violence. Il faut créer un lieu pour cela, au centre vibrant de cette religion, et l’ouvrir à toutes celles et tous ceux que le débat sur les valeurs religieuses intéresse au point de s’y consacrer corps et âme, de se rendre à La Mecque, en qualité de simple créature, de pèlerin moderne, anonyme, et d’y débattre des écritures sacrées et de l’avenir de l’Islam, sous le regard omniprésent du monde entier, via Internet.

Comments

  1. September 10th, 2006 | 5:57 pm

    [...] La rencontre entre l’Occident et l’Islam est une longue histoire qui se répète inlassablement. Ainsi, au XIXe siècle, les puissances coloniales furent tentées de récupérer ce qui pouvait l’être de cette religion et d’en laisser fleurir les éléments acceptables, après l’avoir purgée du pire (notamment le djihad), un peu à la manière des réformateurs modernes qui parlent aujourd’hui d’un «Islam européen» ou d’un Islam totalement réinventé, à la Malek Chebel. [...]

  2. September 12th, 2006 | 2:20 pm

    [...] Et ainsi pourquoi il peut être si aisé aux plus fins de ces derniers, genre Tariq Ramadan ou Malek Chebel, de condamner les actes terroristes commis en Occident: ils ont raison dans leur propre logique, car les terroristes entravent leur effort de subversion. C’est ce qu’illustre le dernier article de Daniel Pipes, paru ce matin dans le New York Sun: [...]

  3. September 12th, 2006 | 7:52 pm

    [...] Et ainsi pourquoi il peut être si aisé aux plus fins de ces derniers, genre Tariq Ramadan ou Malek Chebel, de condamner les actes terroristes commis en Occident: ils ont raison dans leur propre logique, car les terroristes entravent leur effort de subversion. C’est ce qu’illustre le dernier article de Daniel Pipes, paru ce matin dans le New York Sun: [...]

  4. Fatima
    July 13th, 2007 | 2:42 pm

    Même l’abandon des châtiments corporels n’enlèvera rien à la haine des non-croyants que le coran inspire naturellement à ceux qui choisissent de croire en la nature révélée de ce livre

    La haine des non croyants ? Parlez pour vous ! Le Coran n est en rien haineux :) C’ est un livre de paix et de tolérance.

    A bon entendeur

    AJM: En fait, le Coran contient des centaines d’appels à la haine et aucune incitation à la tolérance, ni même à la miséricorde, pour les non-croyants: http://precaution.ch/wp/?p=358