September 26, 2006
L’apathie de la défaite
C’est le titre de la dernière réflexion de Mark Steyn parue dans le Western Standard (abonnement). Extraits:
Il y a toujours eu un marché pour les déçus d’eux-mêmes dans les sociétés libres: après tout, la plus efficace des idées antioccidentales était elle-même une invention de l’Occident, élaborée par Karl Marx dans la salle de lecture de la British Library. Le défaut le plus patent du communisme est son aspect décrépi et triste, qui ne lui laisse qu’un attrait limité. Le fascisme aussi trouva de nombreux adeptes dans les milieux culturels occidentaux souffrant de déficience politique – en Europe continentale –, mais il ne conquit qu’un soutien minimal au coeur de l’Occident politique — le monde anglo-saxon. Alors, les anti-tribalistes inventèrent quelque chose de plus subtil et de plus souple que le communisme et le fascisme — le plus savonneux des ismes.
La grande force du «multiculturalisme» est de ne pas constituer une critique de l’Occident mais de court-circuiter toute possibilité de critique. S’il n’y a aucune différence entre la Common Law anglaise et les guérisseurs des brousses, les collecteurs de fonds des Tigres tamiles, les mariages homosexuels et la charia, que reste-t-il à discuter? Le simple souhait de débattre met celui qui l’exprime du mauvais côté du fossé. Oui, comme le dogme fondamental du multiculturalisme consiste à admettre que rien ne peut être discuté, que toutes choses sont également bonnes et agréables, le fait de favoriser un débat honnête vous place, par définition, parmi les extrémistes.
Je suis sûr que mes collègues du Western Standard se sont déjà trouvés dans des situations analogues, lors de débats télévisés ou publics. Vous faites valoir, par exemple, qu’il existe très peu de sociétés musulmanes «libres». Et votre interlocutrice répond: «Ce n’est que votre opinion.» Alors, vous avancez quelques faits à propos du PIB par habitant, de la liberté de religion, de l’espérance de vie, des droits de la femme, etc. Et vous vous voyez répliquer: «Vous ne faites qu’imposer vos valeurs à ces sociétés.» Et alors, vous réalisez que le grand avantage du relativisme culturel est de rendre toute discussion impossible. Il n’y a tout simplement plus suffisamment de consensus sur la réalité. C’est un peu comme de jouer au tennis avec un adversaire qui pense que votre ace n’est qu’un artifice social. (…)
Bernard Lewis, le grand érudit occidental de l’Islam, travailla pour les services de renseignement britanniques aux pires heures de la Deuxième Guerre mondiale. «En 1940, nous savions qui nous étions, nous savions qui était l’ennemi et nous connaissions les dangers et les problèmes en présence», déclarait-il au Wall Street Journal il y a quelques mois. «Aujourd’hui, il en va autrement. Nous ne savons pas qui nous sommes, nous ne savons pas quels sont les problèmes et nous ne comprenons toujours pas la nature de l’ennemi.» (…)
Je laisse le mot de la fin en anglais:
If you’re a genuine cultural relativist–if you really believe our society is no better or worse than any other–you’re about to get the opportunity not just to talk the talk but to walk the walk. Good luck.
Peut-être le plus grand défi auquel font face les penseurs d’aujourd’hui consiste-t-il à définir des valeurs humaines communes et pouvant être reconnues comme telles par-delà les idéologies et les croyances.
Comments(8)

la réponse : c’est la liberté !
La liberté c’est seulement la possibilité de pouvoir choisir, d’avoir le choix… y compris la possiblité de ne pas être libre.
Seules les valeurs occidentales garantissent ces valeurs et elle nous viennent de la sortie d’Egypte.
Merci ajm pour nous avoir signalé cet excellent article.
J’aimerais ajouter la traduction d’un autre paragraphe qui
me semble essentiel.
“… En Angleterre on avait l’habitude de dire que “la bataille
de Waterloo a été gagnée sur les terrains de jeux d’Eton”
témoignant d’une attitude qu’on a facilement ridiculisée comme
fanfaronnade victorienne. Mais cette remarque contient une
vérité importante. Si jamais le conflit présent sera gagné, il le
sera dans les maternelles et les écoles élémentaires des Etats-
Unis, du Canada et de l’Europe. La raison est que la détermination
nécessaire pour gagner une guerre ne peut se mettre et s’enlever
comme une côte de mailles. Elle doit être nourrie dès le berceau
et soutenue par l’ensemble des institutions de la société.
L’éducation typique en Occident, au cas où elle n’affirme pas
que l’héritage principal de nos pays est le racisme et l’oppression,
enseigne l’histoire sans aucune consistance: des faits au hasard,
quelques épisodes trop bien connus, aucun récit vibrant et
héroïque. Si le passé ne vaut pas la peine d’être défendu,
pourquoi l’avenir le sera-t-il ? ”
Ca me rappelle les cours d’histoire dans un gymnase lausannois des
années 80. Deux ans passés a voter, l’un après l’autre, les sujet qui
allaient nous être enseignés et qui furent: l’homme primitif, la révolution
chinoise, la révolution industrielle (version “ultra-light”), suivies de
plusieurs sujets d’importance tertiaire ayant seulement un but de
remplissage (faute de choix majoritaire clair)
Jusqu’à la catastrophe déconstructionniste et socialo-multiculturaliste
l’histoire était enseignée par périodes: Antiquité, Bas et Haut Moyen
Age, Renaissance, Lumières et la Révolution Industrielle, etc. Nos
parents avaient, au pire, des idées diffuses sur l’unicité de la pensée
grecque, l’importance du droit romain, l’idéal de “l’homme complet”
de la Renaissance, l’universalisme des Lumières ….
Bernard Lewis et Mark Steyn ont parfaitement raison : une génération inculte, ignorante,
qui ne sait pas d’ou elle vient et pourquoi elle est là, ne comprends plus
ni la raison ni l’obligation morale de propager les valeurs fondamentales
de l’Occident et de l’Homme libre.
Oui, mais nous n’avons plus le temps de refaire les cours d’histoire, de recréer une vision objective du parcours historique dans les esprits des générations futures. Il faut que notre génération surmonte cette épreuve comme elle est.
Et je ne suis pas sûr du tout non plus que ce soit dans nos écoles qu’il faille tout refaire en priorité. Nous pourrions alors aisément gagner la guerre, bien sûr, mais ne serait-il pas plus sage de refaire le programme d’histoire de ceux qui, par ce biais, se préparent à notre djihad actuel depuis les années 1920?
Merci pour votre analyse très juste et bravo pour votre site qui est remplie d’évidence que nous devons mettre sur la place public.
Encore une fois merci AJM.
[...] – Enfin, je voulais signaler un autre excellent article, de Mark Steyn cette fois, dans le Western Standard (enregistrement – gratuit – nécessaire): The Apathy of Defeat. Je l’ai mis sur ma liste des textes “à traduire”, mais ajm (encore lui! ) m’a devancée, au moins partiellement: Peut-être traduirais-je le reste et le mettrais-je en ligne d’ici peu, mais vous pouvez d’ors et déjà lire en français les extraits essentiels de ce texte ici. [...]
[...] Voici la traduction complète de ce récent article de Mark Steyn dont j’avais parlé ici, travail brillament entamé par ajm et Alex – merci à eux! [...]
L’ennemi est semblable au monstre destructeur et ravageur du film de SF “Coverfield”, tellement énorme que personne ne parvient ni à le discerner , ni à l’identifier: en attendant il décapite en passant un symbole, la liberté (à travers la statue qui l’incarne) comme d’autres là-bas décapitent leurs otages , comme d’autres ici-même vous décapitent virtuellement en vous coupant la parole.
Censurés par un monde fou comme un monstre de grand guignol.
Le probleme de l’enseignement de l’histoire a l’ecole est crucial.
La representation de l’Islam y est dramatiquement enjolivee, voire presentee comme une religion porteuse d’une civilisation dont nous devons tout pour sortir de l’obscurantisme du moyen-age !?! Noirci a souhait pour l’occasion. Cumule a une critique de gauche de nos societes, le desaveux concernant la religion, chretienne en l’occurence, le desir normal de nouveaute, la demographie et l’immigration, l’on se retrouve avec son expension irresistible en Occident.
Les enfants d’emigres (dont les parents ont echappe a l’Islam) allant meme trouver une compensation identitaire dans cette representation favorable, tombent dans le piege islamiste etranger, et convertissent a leur tour des europeens rendus naifs a souhaits…