September 10, 2006
La pire organisation du monde
Un article de Michael Radu paru sur FrontPageMagazine.com le 29 août dernier
et traduit par Stéphane Teicher pour www.nuitdorient.com:
Les Américains expriment souvent leur mécontentement à l’égard des Nations Unies. Ils ont pour cela de nombreuses raisons: le fait que cette organisation traîne des pieds à propos du Darfour; certaines pratiques de corruption révélées par le scandale du programme «pétrole contre nourriture»; le refus d’accepter des réformes significatives de sa direction et de sa gestion financière; l’élection de l’Iran à la vice présidence du comité sur le Désarmement; la nomination de Cuba au Conseil des Droits de l’Homme; et une quantité d’autres faiblesses et échecs.
Toutes ces plaintes sont justifiées, mais elles confondent les symptômes de la maladie avec les causes. Le problème n’est pas ce que fait l’ONU, mais ce qu’elle est, ou, plus précisément, ce qu’elle n’est pas. Elle reste fondée sur le postulat qu’il existe quelque chose comme une «communauté internationale», alors qu’en fait il n’en est rien, et en tout cas pas dans un sens significatif.
Née suite à la seconde guerre mondiale, l’ONU possédait des défauts inhérents à sa naissance. L’affirmation répndue chez les élites occidentales que l’impuissante Société des Nations pourrait être ressuscitée dans une version nouvelle et améliorée, s’est révélée utopique quand Joseph Staline a mis comme condition à sa participation l’octroi de trois membres pour l’Union Soviétique: elle-même, la Belarus et l’Ukraine, ces deux dernières n’étant à l’époque que des provinces de l’empire soviétique.
Vint ensuite la charade des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité – les USA, les puissances en déclin de la Grande-Bretagne et de la France, celle en plein essor sous la direction de Staline et, sans aucune pertinence, la Chine de Chiang Kai-shek. Quelle pouvait bien être l’unité morale, politique et juridique de ces cinq là, sans compter d’autres «puissances» fondatrices comme le Guatemala ou l’Arabie Saoudite qui étaient censées constituer la «communauté des nations»?
Pour ce qui est de la structure de l’organisation, il y a toujours eu une disproportion totale entre les droits, les avantages et les responsabilités des membres, à commencer par le financement.
Les finances des Nations Unies sont la seule application concrète de la description que fait Karl Marx de l’Utopie communiste «de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins». C’est ainsi que les États-Unis paient 22% de la note de l’ONU, le Japon 19,6%, l’Allemagne 9,82%, la France 6,5%, le Royaume Uni 5,5%, l’Italie 5, 09%, le Canada 2,57%, l’Espagne, 2,53% et le Brésil 2,39% – ce qui signifie que 9 pays représentant 4,7% du total des membres paient 76% du budget de l’ONU. Les USA et le Japon (ce dernier n’étant même pas membre permanent du Conseil de Sécurité) paient plus de 40% des coûts (si vous habitez New York, sachez que les employés de l’ONU doivent à la ville dix neuf millions de dollars en contraventions de stationnement). À noter que la Chine et la Russie paient respectivement 2,053% et 1,1%. Au total, tout le système de financement de l’ONU n’est qu’une forme globale de redistribution des richesses qui vise, comme le soulignait un observateur, à prendre de l’argent aux pauvres des pays les plus riches pour le donner aux plus riches des pays pauvres.
Et le transfert ne porte pas que sur les richesses, mais aussi sur l’influence, avec une Assemblée Générale, une cour de justice internationale et toutes les autres agences des Nations Unies qui subissent une forte influence, voire un contrôle pur et simple, de la part de ceux qui paient le moins et profitent le plus. Le fait que cette tendance se poursuive, et même se développe, est une nouvelle manifestation dans la vie réelle de la définition du second mariage par Samuel Johnson: le triomphe de l’espoir sur l’expérience.
Avec la décolonisation de l’Afrique, au début des années 1960, est apparue une nouvelle vague d’États faibles, artificiels et dépendants de la prospérité internationale – les Sierra Leone et Somalie d’aujourd’hui, tous subsistant grâce à la légitimité douteuse que leur accordait l’appartenance à l’ONU et aux dons que cette organisation leur versait; ils acquérirent du pouvoir grâce à l’Assemblée Générale, au sein de laquelle ils créèrent ce qu’on appelle le bloc des «non alignés» (c’est-à-dire non alignés sur leurs pourvoyeurs de fonds occidentaux), devenu maintenant le Groupe des 77 (en réalité, plus de 120). Cette évolution a été orchestrée avec facilité par Moscou pendant la guerre froide, et il a été financé par l’Occident.
S’il est un domaine où les défauts de l’ONU sont les plus évidents, c’est bien celui de la sécurité, dévolue au Conseil de Sécurité. Ici, les intérêts des USA, de la Chine et de la Russie et les idiosyncrasies de Paris sont censées se mêler dans la recherche fraternelle de la paix dans le monde, ce qu’ils ne font pas, bien entendu.
D’où ces résultats inévitables: si un sujet est suffisamment marginal, une décision est prise, de l’argent est gaspillé pour le concrétiser, en général provisoirement, et en termes de relations publiques, plutôt que dans la réalité, et nous obtenons le Cambodge en 1993 (J’y étais – ceux qui avaient perdu les élections, et leurs armes, sont restés au pouvoir), ou le Timor Oriental plus tard.
Si le sujet est d’importance régionale, et que les «solutions» de l’ONU ont échoué, on trouve une issue en dehors du système – et nous avons le Kosovo et la Bosnie, où l’OTAN, et non New York, siège de l’ONU, a imposé une issue encore chaotique.
Et si le sujet est vraiment sérieux et menace réellement la paix dans le monde, aucune solution n’est trouvée – et nous avons l’Iran, la Corée du Nord, Saddam Hussein, tous traités par le biais d’innombrables résolutions dénuées de sens, de déclarations présidentielles creuses et autres expressions des opinions de «la communauté internationale».
Le problème, c’est qu’au-delà des banalités rhétoriques et rituelles de bureaucrates globaux, il n’y a pas de substance dans l’expression «la communauté internationale» – et ainsi, nous assistons au spectacle de condamnations répétées du terrorisme par l’ONU qui n’ont d’égale que la constante incapacité de l’organisation à définir le terme.
Compte tenu de ces réalités, connues de tous, il faut s’étonner que tant de gens soient toujours déçus des performances des Nations Unies ou en fassent porter le blâme aux États-Unis, à George Bush ou aux «néoconservateurs». Pis encore, les mêmes élites et les régimes beaucoup moins bien intentionnés du tiers-monde persistent à proclamer que l’ONU est la source du droit International, ce qui a amené inévitablement Kofi Annan à déclarer la guerre en Iraq «illégale».
Tout comme l’institution sur laquelle il fonde sa légitimité, le «droit international» évolue – les fondamentalistes des droits de l’homme du style Amnesty International adorent ce mot – de plus en plus éloigné de la réalité de la vie et du sens commun. Finalement, cela se termine par l’interdiction des mines terrestres, par des tentatives de prohiber les armes légères, par un traité de prolifération nucléaire ouvertement bafoué, etc.
Tout cela est encore accentué par le fait peu remarqué que les organisations non gouvernementales «progressistes» reconnues par l’ONU, et tout particulièrement leurs versions «droits-de-l’hommistes» et environnementales, non seulement participent au processus de décision, mais encore, grâce à leur puissance financière et au soutien que leur apportent les gouvernements, ont davantage d’influence que la plupart des États Membres.
C’est vrai, il y a une Organisation Mondiale de la Santé, une Union Postale Universelle et quelques rares autres organisations dans le système des Nations Unies qui, soit font un travail respectable, soit ne peuvent pas réellement être remplacées par quelque chose de mieux, et celles-ci sont nécessaires et dignes de soutien. Mais sur toutes les questions de sécurité et les affaires économiques, les Nations Unies montrent chaque jour un peu plus qu’elles ne sont que le reflet d’un système international violent et désordonné, qui n’est pas différent de son prédécesseur malheureux, la Société des Nations. S’attendre à ce que «ça marche», c’est oublier la définition d’Albert Einstein de la stupidité: faire et refaire la même chose, mais en attendre des résultats différents.
Cela veut-il dire que les États-Unis doivent laisser tomber l’ONU? C’est une idée tentante, bien que défendue beaucoup trop souvent pour de mauvaises raisons par les mauvaises personnes, telles que des isolationnistes comme Pat Buchanan et, probablement, par une majorité d’Américains. Cependant, le fait est que l’Organisation des Nations Unies est depuis longtemps devenue une «manie culturelle» — et pas seulement dans l’East Side de Manhattan ou, ce qui se comprend mieux, à Malabo, Port Vila et Antananarivo, mais aussi, et même plus encore, à Bruxelles, Paris, Berlin et Londres – et, soyons honnêtes, Washington, D.C. Donc, nous devons faire avec – pour le moment.
Mais «faire avec» ne veut pas dire subir ses caprices. Le Congrès devrait examiner précisément ce que nous autres contribuables devons payer pour maintenir en vie cette organisation. Nous devrions faire beaucoup plus pour apprendre au public quelle est la véritable nature de l’ONU – où le bénéficiaire oisif peut décider du montant du soutien que lui accordera son parent industrieux. Quels parents Américains accepteraient de telles conditions de la part de leurs enfants?
Reprocher à Kofi Annan d’être le fidèle représentant de l’ONU est injuste et nous évite d’affronter la responsabilité d’avoir pris au sérieux les gens de l’United Nations Plaza à New York. Nous devrions juste les considérer comme des visiteurs désagréables, pour lesquels nous devons payer pour le moment, et rien de plus.
