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Le bloc-notes de Richard Landes

Traduction de Paris Notes, Fall 2005.

Les coûts cachés des erreurs des médias: Mohammed al Dura et l’intifada française
Richard Landes – The Second Draft – 15 novembre 2005

Toile de fond

Pour entamer une réflexion sur ce qui fait souffrir le monde depuis 2000, il n’est pas de meilleur point de départ que la fable vénéneuse de Mohammed al Dura. Comment a-t-elle pu se frayer un chemin auprès de nos médias soi-disant impartiaux et professionnels? Quels dommages a-t-elle causés? Comment pouvons-nous commencer à résoudre les problèmes qu’elle a entraînés pour nos jeunes gens et notre début de siècle tourmenté – des problèmes qu’elle continue de faire peser sur notre manière d’affronter nos ennuis? Une fois nos têtes claires, les chances de guérison sont énormes et pas forcément violentes. Il faudra juste un peu de ce courage qui manque pour l’instant si douloureusement parmi les grands médias.

Le 30 septembre 2000, Talal abu Rahma, un cameraman palestinien travaillant pour France2, transmet à son chef ce qu’il présente comme une séquence montrant l’armée israélienne abattant de sang froid un garçon sans défense implorant qu’on lui laisse la vie. Bien que les prises de vues limitées reçues par Enderlin contredisent ou pour le moins ne confirment pas un grand nombre de ses affirmation centrales, et que l’absence de scènes pourtant indispensables en pareil cas, telles que l’évacuation en ambulance, soulève de nombreuses questions, le correspondant de France2 vétéran du Moyen-Orient qu’est Charles Enderlin adapte les rushes, coupe les passages problématiques et accompagne le résultat d’un commentaire dans lequel on apprend que l’enfant et son père sont «la cible de tirs venus de la position israélienne». Puis il distribue la séquence – en principe un scoop que chaque journaliste voudrait garder précieusement – à toutes les autres grandes agences couvrant l’actualité. Ce soir-là, les journaux télévisés du monde entier préviennent leur public qu’il va assister à des séquences pénibles et dramatiques puis diffusent le matériel préparé pour soutenir la version de Talal sur la perfidie israélienne.

Mohammed al Dura: le premier brouillon

L’effet est foudroyant. Les spectateurs sont abasourdis, les personnalités publiques écœurées, les Palestiniens enragés. Le lendemain, exacerbées par les prises de vues de Talal, les émeutes qui ont déjà commencé dans les territoires s’étendent aux Arabes d’Israël, une évolution stupéfiante, que personne n’avait prévue. L’opprobre que le monde jette sur eux écrase les dirigeants israéliens, réduisant à néant toute la bonne volonté que Barak avait pu réunir grâce aux efforts de Camp David et fait passer Arafat du statut de scélérat de Camp David à celui de héros de l’intifada al Aqsa.

Quelques jours plus tard, le service d’information de l’Autorité palestinienne a réadapté les prises de vues, y insérant un soldat israélien (tirant des balles de caoutchouc sur les émeutiers de Nazareth provoquées par les séquences de Talal) entre la scène montrant l’enfant en pleurs (prise 3) et celle où il gît aux pieds de son père (prise 5). Ils désignent donc maintenant clairement un soldat israélien comme l’assassin de Mohammed al Dura. Diffusée continuellement à la télévision palestinienne – et sur al Jazira – au cours des mois qui suivent, cette fiction devient l’icône d’une intifada féroce. Le terrorisme suicidaire, jusqu’alors un phénomène relativement marginal et désapprouvé par les dirigeants religieux, devient l’arme favorite. Commis «pour venger le petit Mohamed», le terrorisme suicidaire suscite des danses dans la rue, des objets d’exposition montrant des corps d’Israéliens déchiquetés par une bombe sur les campus palestiniens et des taux d’approbation passant de 30% avant 2000 à 80% parmi la population palestinienne. Un observateur arabe, pensant à «Mohammed Al Dura sur le sein de son père», ne peut pas contenir sa joie à la nouvelle des attentats-suicide perpétrés en Israël.

Les Arabes ne sont pas les seuls à diffuser encore et toujours la séquence. La télévision française, notamment, ne se lasse pas de montrer et de remontrer la séquence d’al Dura au cours des semaines et des mois qui suivent, jusqu’à en faire l’emblème du mécontentement palestinien et de l’agressivité israélienne, l’attestation du fait qu’Israël a mérité l’intifada et toute la rage que les Palestiniens peuvent exprimer. De grandes manifestations partout en Europe glorifient la cause palestinienne. Des modèles présentes à ces rassemblements portent des ceintures d’explosifs presque pour tout vêtement pour signaler leur soutien. Mohammed al Dura, paradé en effigie, devient le Saint-Patron du festival de la haine que devient la conférence contre le racisme (!) parrainée par les NU à Durban durant l’été 2001.

Des Européens, souvent des immigrants arabes musulmans, commencent à attaquer les Juifs et les synagogues avec une violence croissante, qui choque tous ceux qui en prennent conscience. Arafat, exultant devant ce soutien mondial, ignore tous les efforts tendant à le convaincre de calmer la violence. Bien qu’un phénomène de l’ampleur de l’«intifada Al Aqsa» résulte toujours de nombreux facteurs, on peut certainement affirmer que la séquence d’al Dura retouchée par la télévision palestinienne lui donna sa férocité et sa durée. Des mois plus tard, lorsque les «leaders» veulent raviver une intifada essoufflée, ils produisent une vidéo musicale illustrant le martyre de Mohamed et non la visite de Sharon au Haram al Sharif/Mont du Temple, qui fait sinon office de «cause» favorite de l’intifada.

Et l’impact ne s’arrête à l’intifada palestinienne. Mohammed al Dura ouvre toutes les vannes de la haine arabe pour les Juifs, déclenchant dans le monde palestinien et arabo-musulman une nouvelle campagne médiatique sophistiquée recyclant les thèmes antisémites européens. Des calomnies de meurtres rituels, les Protocoles des Sages de Sion et des appels au génocide lancés depuis les chaires des prêcheurs sont diffusés en cascades sur les chaînes télévisées.

Al Dura n’est pas seulement l’icône de l’intifada, il est celle du djihad mondial, lequel entre dans une nouvelle phase dès la fin 2000. La vidéo produite par les Pakistanais qui tranchèrent la gorge de Daniel Pearl parce qu’il était juif mélange des images de Mohammed al Dura à celles du meurtre. Et, avant le 11 septembre, Oussama Ben Laden fait un usage intensif de l’image d’al Durah dans une vidéo servant au recrutement. Des images des al Dura recroquevillés derrière un tonneau avec les tours jumelles à l’arrière-plan établissent un lien avec les attentats perpétrés aux États-Unis. Mohammed al Dura, comme les Protocoles, est désormais un permis de génocide.

Quelle réponse apportent les universitaires, les experts des médias et les politiciens occidentaux à cette flambée d’antisémitisme, en paroles et en actes, spécialement en Europe, où elle se manifeste directement, quoique de manière, disons, moins meurtrière? Rares sont ceux qui mettent le holà. Un grand nombre font preuve de «compréhension» sinon d’approbation, plutôt que d’indignation. Certains justifient et célèbrent. Dans les plus inquiétantes de ces réactions – celle inspirées de la «compréhension» affichée par le centre-gauche pour le «désespoir et l’accablement» des terroristes suicidaires –, on peut déceler tant la bigoterie bénigne d’attentes minimales dans des remarques telles que «quel autre choix leur reste-t-il?» que l’impact du mythe d’al Dura: «Si vous tuez leurs enfants, à quoi pouvez-vous vous attendre?» Les dirigeants radicaux du mouvement «pacifiste» vont plus loin: «La résistance n’est pas le terrorisme», peut-on lire sur les banderoles du Mouvement de solidarité internationale soi-disant «pacifiste».

Bientôt, l’image omniprésente d’al Dura empêchant les observateurs européens de condamner violemment le terrorisme suicidaire, le phénomène se métastase et les attaques contre les Israéliens s’étendent aux Américains, aux Espagnols, aux Anglais, aux Australiens, aux Musulmans chiites en Irak et, dernièrement, aux Musulmans sunnites en Jordanie. Les violences dirigées contre les Juifs ne s’arrêtent jamais aux Juifs. L’image de Mohammed al Dura hante le XXIe siècle et son poison ronge la communauté mondiale naissante.

Mohammed al Dura: le deuxième brouillon

Au vu de son impact mondial, les membres responsables de la société civile doivent s’interroger sur sa véracité. Les prises de vue confortent-elles vraiment le récit de Talal et Enderlin? Quelle est la crédibilité professionnelle du caméraman Talal abu Rahma (qui reçut de nombreuses distinctions pour ses images explosives), quelle est la crédibilité professionnelle du reporter Charles Enderlin?

Nous avons si peu d’éléments de preuve concrets – pas de balles, pas d’autopsie, séquences minimales, lieux du crime totalement nivelés, peu de témoins interviewés et peu de témoignages déposés – que personne ne peut dire avec certitude ce qui s’est passé. Mais une évaluation des preuves disponibles, que chacun peut maintenant examiner par soi-même, ainsi que d’autres éléments de preuve que France2 refuse de publier mais que quelques-uns d’entre nous avons vus, suggèrent deux conclusions préliminaires: 1) l’histoire racontée par Talal et adoptée presque universellement par les médias (scénario 1) est la moins vraisemblable des hypothèses possibles, et 2) l’hypothèse la plus vraisemblable est que la séquence en question constitue une production pallywoodienne dans laquelle Talal abu Rahma joue le rôle principal, à la fois comme caméraman et comme porte-parole (scénario 5).

Il semble incroyable que les grands médias aient pu être induits en erreur au point de donner au XXIe siècle son image la plus porteuse de haine et de destruction à la suite d’une simple bévue. Et nombreux sont ceux qui refusent de seulement envisager l’hypothèse d’une mise en scène sur la simple présomption que nos médias n’auraient pas pu être trompés dans une telle mesure. Le fait que les médias aient résisté à reconsidérer cette question cinq ans durant alors qu’ils continuaient d’insinuer le poison dans la culture mondiale est effrayant. Des questions fondamentales se posent:
• Comment les médias ont-ils pu échouer si lamentablement à protéger le public de cette propagande corrosive?
• Comment les médias purent-ils, après que la vérité ait commencé à émerger, continuer de montrer une telle réticence à réviser leur jugement?

Une réponse généreuse à ces questions – ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient – soulève des questions plus profondes encore:
• Pourquoi les médias européens ne reconnurent-ils pas qu’en diffusant indéfiniment les images de Talal, ils déclenchaient des explosions de haine qu’ils ne contrôlaient pas?
• Pourquoi les médias ne comprirent-ils pas que les Israéliens n’étaient pas les seules victimes?
• Pourquoi les médias ont-ils rejeté quiconque tentait de les prévenir du manque de fiabilité de ces images?
• Pourquoi les médias se montrent-ils incapables de reconnaître l’évidence à présent révélée?
• Comment aller de l’avant?

Nous vous invitons à visiter notre site Web, The Second Draft, à y examiner les preuves et à participer au débat.

Mohammed al Dura: les conséquences à long terme

La meilleure manière d’illustrer la nature et la valeur d’une réflexion sur la question d’al Dura consiste peut-être à observer comment l’adoption et la diffusion des images peut avoir contribué à nourrir une dynamique dont les plus récentes manifestations sont les émeutes qui se déroulent actuellement en France et qui s’étendent à travers l’Europe et ailleurs.

La signification du «petit Mohammed» pour les Français et leurs immigrants arabes: l’égocentrisme cognitif façon Moebius.

Les Français s’enthousiasmèrent pour la séquence al Dura. Les médias diffusèrent les images inlassablement. Chirac y fit référence quatre jours plus tard pour fustiger publiquement le premier ministre israélien, Ehud Barak, tout en exhortant au rejet d’Arafat. L’image avait un pouvoir mythique. Elle aidait les Européens à se défaire de leur culpabilité face à l’holocauste et de leur «dette» envers Israël.

La journaliste Catherine Nay proclama sur la chaîne de télévision Europe1: «La mort de Mohammed supprime, efface, celle de l’enfant juif, ses mains levées vers le ciel devant les SS dans le ghetto de Varsovie.» Notons qu’elle ne ressent pas le besoin de préciser le nom de famille: en France, Mohammed al Dura est largement connu sous le qualificatif de «petit Mohammed».

Soudain, tout qui avait été interdit par la rectitude politique post-Holocauste surgissait comme d’une borne-hydrante décapitée. En France, il devint commun de comparer les Israéliens aux nazis et ce thème eut bientôt ses entrées dans de nombreux cercles occidentaux. La remarque de l’ambassadeur français qui traita Israël de «little shitty country» (petit pays merdeux) lors d’une réception diplomatique anglaise en décembre 2001 montre bien la nature de la série actuelle de commentaires négatifs sur les Juifs. Et toutes les réactions officielles – l’ambassadeur ne fit pas d’excuses, Chirac ne lui adressa même pas une réprimande et la BBC en parla comme d’une «‹prise de bec› à propos de remarques ‹antisémites›» – renforcèrent la permissivité à l’égard de tels discours.

La fable d’al Dura semble avoir touché un nerf central en Europe. Elle suscite une sorte de Schadenfreude morale permettant – enfin – aux Européens de se sentir moralement supérieurs à ces Israéliens qui, contrairement à eux, les gentils postcoloniaux, nourrissent des visées impérialistes, commettent des crimes racistes contre les innocentes populations indigènes et, ce faisant, mettent en danger le monde entier avec leur agressivité. Et bien sûr, par la même occasion, ils peuvent tisser des liens d’amitié avec les Arabes, montrer à leurs fournisseurs de pétrole et de main-d’œuvre manuelle quels bons amis ils sont pour eux. S’il existe bien une politique eurabienne, celle-ci trouve là l’apogée de sa «logique».

Peut-être ne devrions-nous pas en être surpris. Cette réaction est au cœur même de l’antijudaïsme commun et ordinaire présent un peu partout dans le Christianisme et l’Islam pré-moderne: nous sommes supérieurs parce que les Juifs sont inférieurs; nous avons raison parce qu’ils ont tort; nous sommes les élus parce qu’ils ont été rejetés. Bien sûr, comme leur impatience à prêter foi en l’icône de Talal, cette attitude des Européens envers les Israéliens faisant figure d’«autre» – d’ennemi ou de source de problème – semble bien aujourd’hui avoir été une erreur.

En diffusant sans cesse de nouveau ces images empoisonnées, les Français ne réalisaient peut-être pas qu’une autre audience très attentive – celle de leur population d’immigrants musulmans arabes – pourrait y réagir différemment. Alors que les Européens savouraient là un vin anti-judaïque dont la saveur les délivrait de la culpabilité de l’Holocauste, peut-être que cet autre public s’injectait des drogues antisémites telles que celles qui conduisirent les nazis à la rage du génocide (pour autant que je sache, les nazis n’avaient de religieux prêchant le génocide en chaire). Dans le monde arabe, al Dura allait de pair non pas avec une suffisance anti-judaïque satisfaite par un sentiment triomphant de supériorité morale, mais bien une bataille contre un ennemi dont la simple existence menaçait la sienne. Ce n’était pas «gouverner ou être gouverné», mais «exterminer ou être exterminé».

Pour les Musulmans djihadistes, l’icône de Talal sonne l’assaut d’une bataille apocalyptique contre le mal, la bataille dans laquelle les Musulmans massacrent les Juifs jusqu’à ce que même les pierres et les arbres leur crient «Ô Musulman, il y a un Juif caché derrière moi, viens et tue-le». Dans le monde musulman, Mohammed al Dura sert de permis de génocide. Et plutôt que de protester contre leurs attentats sauvages contre des civils innocents, des Européens tels que Cherie Blair se firent un point d’honneur d’expliquer que la fureur palestinienne n’était faite de que rage et de désespoir. Après tout, comme nous le savons tous, ils ne veulent qu’un État, comme nous autres. Et c’est pourquoi ils ont attaqué les Israéliens – à cause de leur réticence à faire davantage de concessions.

Ainsi, alors que les Européens, engourdis dans leur égocentrisme cognitif, faisaient l’apologie du terrorisme palestinien, qu’ils prenaient pour l’expression d’aspirations nationalistes contrariées, eux continuaient d’alimenter la violence djihadiste. La percée de l’intifada et la présence médiatique permanente du «petit Mohammed» fit atteindre de nouveaux sommets aux critiques des Juifs en Europe. Ce fut surtout le cas en France, qui compte le plus grand nombre tant de Juifs que de Musulmans en Europe. Ce ton nouveau produisit de profonds clivages partout où des Juifs et des Musulmans d’Afrique du Nord avaient jusqu’alors cohabité sans problème. La racaille l’emporta: les attaques visant des Juifs ou des sites juifs se multiplièrent.

En fait, la France est devenue le cœur même des violences contre les Juifs, le lieu de leur manifestation la plus précoce et la plus étendue. Ainsi, un chauffeur de taxi tunisien me dit un jour: «J’ai grandi en Tunisie, avec des Juifs dans mon quartier. Je ne suis devenu antisémite qu’après être arrivé en France.»
«Vous avez suivi la télévision du Hezbollah sur le réseau câblé?» ai-je demandé.
«Non, les actualités françaises.»

À la mi-mai 2005, un journaliste posa quelques questions délicates à un activiste des Frères musulmans de l’une des banlieues parisiennes devenues territoires perdus de la République à propos de l’antisémitisme du récent discours d’un prêcheur de son groupe:

«Il n’a rien dit de spécial», dit M. Amriou avec un haussement d’épaules. Puis il actionna son téléphone portable et afficha une image d’un enfant palestinien prétendument tué par les soldats israéliens [Mohammed al Dura, comme le confirma le journaliste]. Il montra l’image aux autres hommes [musulmans] qui acquiescèrent avec une expression de colère. Les remarques problématiques du prêcheur étaient oubliées.

Et l’appel au djihad mondial alimenté par l’icône de Talal ne vise pas non plus uniquement les Juifs. Comme tant d’autres mouvements apocalyptiques, les djihadistes voient le monde en noir et blanc, ceux qui sont avec eux et ceux qui sont contre eux… Il n’y pas de demi-mesure. La liste d’ennemis des djihadistes est impressionnante – les Israéliens, les Juifs, les Occidentaux, les Européens, les États-Unis, les autres infidèles, les hérétiques tels que les chiites et enfin (ou est-ce en fait le point n° 1?) les kouffars musulmans occidentalisés et négligents (les apostats). Depuis 2000, les Français – et la plupart de nos chargés de cours sur le sujet – ont choisi d’ignorer toute indication selon laquelle, du point de vue du djihad mondial, nous, les Juifs, les Français, les Européens, les Américains, les Occidentaux faisons aussi bien l’objet de la haine enflammée par l’icône de Talal que les Israéliens.

Création de la rue arabe à la française

Les premiers signes de la présence d’une «rue arabe» en France apparurent avec les manifestations anti-israéliennes qui éclatèrent dans toute l’Europe, mais avec une intensité particulière en France, en réaction à l’intifada. Ces rassemblements constituèrent les premières expressions publiques de la nouvelle haine violente d’Israël. Les manifestants arabes y furent en effet autorisés, voire encouragés, à donner libre cours, oralement, à leur haine. Les attaques contres les Juifs devinrent communes et rarement punies. La voix de la gauche radicale contenait dès lors un ton nouveau, agressif.

Pendant les manifestations «pour la paix» de 2003 condamnant l’invasion américaine en Irak, les contingents arabes arborèrent des effigies de Saddam Hussein et de Yasser Arafat, scandèrent des Allahou Akhbar et maltraitèrent des groupes de Juifs qui participaient aux défilés. Les autres manifestants détournèrent le regard. Les médias ne diffusèrent pas les images de ces attaques. L’origine de la «rue arabe» remonte à ce moment de frénésie antiaméricaine. L’un des slogans arabes français était: «Le veto, c’est nous.» Fallait-il comprendre que les Arabes considéraient les attaques des Français contre l’Amérique et pour la défense de Saddam non pas comme des actes de courage, comme voulaient se l’imaginer les Français, mais comme des actes de faiblesse?

En mars 2004, des gangs des banlieues intervinrent dans une manifestation estudiantine à Paris et passèrent les étudiants à tabac, brisèrent leurs téléphones portables, distribuant des coups de pied à leurs victimes gisant à terre. Pourquoi? Pas pour des raisons politiques, non: parce que les étudiants français étaient faibles et méritaient ce sort: «…tabasser des gens… [surtout] des petits Français qui ont l’air de victimes… se venger des blancs.» On sait que la «rue arabe» commence à poser un sérieux problème lorsque la violence y est gratuite. Comment les médias couvrirent-ils ces casseurs? Brièvement, à peine. [Aujourd’hui, au printemps 2006, ils sont de retour, sous couvert de «protestations» estudiantines contre la CPE.]

Actuellement, en novembre 20005 (Ramadan, an 1426), la violence explose. Qui s’en étonne? Pas les gens qui observaient ce phénomène qui tentaient d’alerter leurs compatriotes à propos des «Territoires perdus de la République», à propos des bombes à retardement que constituent ces banlieues cauchemardesques et à propos des progrès réalisés par les discours antisémites, misogynes et antioccidentaux. Non, la surprise, comme le 11 septembre aux États-Unis, frappa surtout ceux qui avaient écouté les grandes voix – médiatiques et universitaires (celles-ci étant étroitement associées en France) – soucieuses de dénigrer et d’exclure systématiquement du courant dominant quiconque tentait d’attirer l’attention sur les problèmes apparaissant au sein des minorités arabo-musulmanes; et promptes à traiter de «raciste» quiconque mettait en garde contre la virulente rhétorique antisioniste.

Plusieurs Français, tant juifs que gentils, m’expliquèrent ce phénomène ces dernières années: «Dès que j’ai seulement l’air de défendre l’Israël et de critiquer le soutien véhément des médias pour la cause palestinienne, les gens me disent ‹tiens, je ne savais que tu étais juif›». Qualifier la vague de violence anti-juive de la part d’une population d’immigrants musulmans de 2e génération de plus en plus agressive et profondément révoltée comme un phénomène digne d’attention, de critique et de condamnation était considéré comme un comportement «communautariste», partisan – comme une attitude que seul un Juif serait capable d’adopter.

L’Antisionisme en tant que déficience auto-immunitaire culturelle

La couverture médiatique française (et européenne) de la deuxième intifada présentait quatre caractéristiques principales:

1. Elle acceptait sans le moindre doute les allégations des sources palestiniennes sur les actes atroces que les Israéliens auraient commis et faisait un usage répétitif des images de Pallywood (particulièrement celles d’al Dura) à la télévision.
2. Elle acceptait et répétait les affirmations palestiniennes selon lesquelles il s’agissait d’une guerre de libération nationale des «territoires occupés» et non un djihad contre la simple existence d’Israël.
3. Elle justifiait les réponses brutales des Arabes tant palestiniens que français en les considérant comme une réaction naturelle aux actes des Israéliens, motivée par des aspirations «nationales» légitimes ainsi que par leur fierté culturelle.
4. Elle condamnait les efforts israéliens – tels que le «mur de l’apartheid» – visant à défendre leur population contre les assauts meurtriers du terrorisme suicidaire au titre d’«usage excessif de la force», de «racisme» ou encore d’oppression inexcusable.

Chacune de ces attitudes reflète une profonde identification avec les Palestiniens et un clivage avec les Israéliens, comme pour dire «nous croyons les accusations des Palestiniens et pensons que les Israéliens méritent ce qu’ils subissent». Mais ces gens réalisèrent-ils jamais que d’autres, dans leur propre pays, portaient sur eux un regard tout aussi hostile?

À présent, ils ont un problème: comment maîtriser leur propre intifada? Après avoir pourfendu Israël pour s’être défendu, pourront-ils trouver la force de se défendre, eux? Après avoir affirmé que les Israéliens n’étaient confrontés qu’à un mouvement de résistance nationale, sont-ils encore capables de comprendre qu’ils pourraient avoir à affronter plus que de simples jacqueries? Ou croient-ils, comme ils le croyaient avec les Palestiniens, qu’il s’agit juste des aspirations de tout un chacun et que l’Islam ne joue aucun rôle là-dedans?

Après des années passées à supposer que l’hostilité des Arabes palestiniens et européens envers les Israéliens – et même les Juifs sionistes – constituaient des réactions raisonnables aux méfaits des Israéliens, et à penser que leur propre population arabe leur serait reconnaissante l’avoir pris parti pour leurs frères, les Français commencent à se rendre compte qu’ils pourraient bien s’être trompés. Peut-être le phénomène à l’œuvre dans l’intifada tant palestinienne que française repose-t-il non pas sur le sens français de la justice (liberté, égalité, fraternité), mais sur la frustration qu’inspire une domination perdue, sur la rancune nés de l’humiliation, de l’infériorité, qui exige que coule le sang pour restaurer l’honneur, sur une sensation de rage et d’hostilité contre les Français – et les Occidentaux – aussi profondes et douloureuses que l’est leur haine pour les Israéliens. Après tout, Arafat ne parle-il pas de la Palestine comme de la «ligne de front»?

Quelle humiliation pour les Français: il se pourrait bien que les Israéliens, loin d’avoir été les «autres» honnis, les habitants d’un «petit pays merdeux» qui provoque tant de tracas, aient été en fait le canari dans la mine de leur propre société civile ou, plus embarrassant encore, les combattants du front. À mesure que la France se débat avec ses nouveaux «territoires perdus», ils ne vont probablement pas apprécier d’avoir à affronter une situation dont les sévères précédents contre des sociétés civiles tentant de se protéger du terrorisme ont été fondés sur l’exemple du «mur d’apartheid» d’Israël.

Et ils firent la sourde oreille. Les Juifs de France qui tentèrent de faire éclater la vérité après 2000 se sentirent comme enfermés dans un ghetto de verre.

Entre-temps, des voix commencent à préparer les Européens à l’avènement d’un nouveau califat et de sa charia… après tout, ce n’est qu’une autre version de la liberté et des droits de l’homme. C’est une chose que de se montrer généreux et de prétendre que l’Islam médiéval était tolérant; c’en est une autre que d’évoluer sous un tel régime de «tolérance» au XXIe siècle.

Les politiciens et les médias français répliquent aux émeutes françaises

Tout à coup, les Français réalisent qu’une couverture médiatique excessive et crédule peut avoir pour effet d’enflammer les violences au lieu de les maîtriser. «Envoyons-nous des équipes de journalistes parce que des voitures sont en feu, ou des voitures sont-elles mises en feu parce que nous envoyons des équipes de journalistes?» se demandait Patrick Lecocq, responsable de rédaction à France2. Voilà bien des questions que les journalistes français auraient pu se poser alors qu’ils encourageaient les éléments les plus frénétiquement bellicistes de la culture palestinienne avec leurs images pallywoodiennes véhémentes.

Mais la courbe d’apprentissage reste plate et largement auto-protectrice (en un mot: dénégation). De la même manière qu’ils avaient traité la soudaine flambée d’antisémitisme d’après 2000, les médias français mettent tout en œuvre pour minimiser les émeutes. Est-ce par honte, par crainte de ce que le monde pourrait penser? (Les Français sont très sensibles au sujet de leur image de marque, surtout après leur jubilation devant l’ouragan Katrina.)

Un programme politique de gauche se cache-t-il derrière les réticences à débattre du djihad et d’Eurabia? «En France la politique penche vers la droite et je ne veux pas voir des politiciens de droite revenir au second rang, voire au premier, parce que nous avons montré des voitures en feu à la télévision», dit M. Dassier, le propriétaire de la chaîne France1.

Sont-ce là de bonnes raisons de ne pas permettre aux Français d’apprendre à quels problèmes ils doivent faire face? Les Français vont-ils s’allonger humblement juste pour s’éviter un embarras? Est-il judicieux de prétendre que les émeutiers étaient «laïques» et de nier qu’ils s’identifient d’une quelconque manière à l’Islam alors même qu’on a recours à des leaders islamistes pour les calmer? Si les autorités françaises avaient eu la présence d’esprit de consulter les Israéliens, ils auraient appris à interrompre le réseau de téléphonie mobile immédiatement afin d’empêcher les émeutiers de coordonner leurs actions par ce biais. Mais il aurait fallu pour cela comprendre une chose que l’adoption inconditionnelle des aspirations palestiniennes mettait hors de leur portée.

Le dilemme – qui n’est certes pas exclusivement français, mais qui l’est devenu de manière poignante – réside dans le fait qu’avec le «processus de paix d’Oslo», si on ne lit pas correctement l’énoncé du problème, on risque fort de l’aggraver par des «solutions» qui consistent à accueillir un cheval de Troie. Si les autorités françaises, suivant les suggestions de têtes pensantes telles que Tariq Ramadan, croient qu’il ne s’agit «que», vraiment «que» de pauvres immigrants qui veulent avoir la paix (avec là-derrière la supposition arrogante que tout le monde ne demande qu’à devenir comme nous autres Français), elles ne feront qu’arroser leur problème d’argent et de concessions.

Et si l’un des principaux facteurs de ces émeutes était un islamisme de rappeurs-gangsters – un Islam pas particulièrement observant, mais à l’aise dans la rue, triomphaliste, macho? Et si ces émeutiers avaient été inspirés par une mentalité djihadiste répandue par des prêcheurs couvrant toute la gamme de l’islamisme – de l’impatient Al-Qaida aux Frères musulmans plus persévérants – et représentant en fait l’avant-garde d’un Islam conquérant, qui vise la domination de l’Europe? Et si, au-delà de l’idéologie rigoriste de l’islamisme, il y avait un Islam fait d’honneur et de honte dont les membres frissonnent à l’écoute des discours de Ben Laden non pas parce qu’ils rêvent de prier cinq fois par jour, d’abandonner l’alcool et de jeûner pendant le Ramadan, mais parce qu’ils adorent voir l’Occident humilié, roué de coups et qu’ils redressent la tête avec orgueil en assistant à la mort de plusieurs milliers de civils de l’autre camp? Et si les déclarations rassurantes des experts selon lesquelles tout cela n’a rien à voir avec l’Islam étaient l’œuvre de démopathes et de leur chœur de dupes?

«Ridicule», dit l’égocentrisme cognitif libéral. «Il est impossible que l’Islam s’empare du pouvoir en Europe.» Mais ce que les Israéliens ont appris au prix de profondes souffrances ces cinq dernières années est que certains ennemis ne réfléchissent pas en de tels termes de possibilités concrètes; que le fait qu’ils se leurrent totalement sur leurs chances de victoire totale ne les empêche pas de tenter de l’atteindre tout de même – aussi autodestructeurs ces actes puissent-ils se révéler. Et, qu’ils aient raison ou tort, les conséquences fortuites de leur comportement nous affectent tous.

Et si ces jeunes machos – et quiconque ne réalise pas qu’il s’agit en partie d’une bonne vieille épreuve de force au corps à corps est au mieux sourd – ne voulaient pas être des Européens? Et si, au contraire, ils méprisaient la culture civique européenne? Et s’ils n’avaient pas la moindre envie de devenir comme les Français, avec toutes les habitudes efféminées que cela implique (les droits des femmes!) et estimaient que tout Musulman qui s’y adapte n’est qu’un «blanc» détestable? Selon les règles de leur culture d’agressivité, d’honneur et de honte, des jours et des nuits d’émeutes, des incendies de voitures et d’immeubles, des attaques de passants et de policiers, le tout sans représailles notables et avec pour résultat l’obtention de davantage de fonds et d’autonomie de la part du gouvernement représente pour eux une victoire spectaculaire. Dans le cadre d’efforts visant leur domination sur l’espace public, la revendication de «territoires» en France, ce serait même une victoire fantastique.

Ainsi, de même que les Palestiniens face aux concessions israéliennes de Camp David, la générosité est perçue sur le radar de leur jeu à somme nulle comme un simple signe de faiblesse et tous les gestes généreux ultérieurs comme autant de preuves que l’agression est la tactique gagnante. Ceux qui exhortent les autorités françaises à apaiser les émeutiers pourraient, tout bien intentionnés qu’ils soient, guider en fait le navire vers le désastre. La France – et l’Europe – peuvent bien s’imaginer que leur civilisation est invulnérable, mais un examen à froid montre que les chances ne sont pas forcément en leur faveur.

La répression est-elle la bonne réplique? Et si oui, quel type de répression? Et après la répression, quoi? Est-il possible de concevoir des programmes utiles, qui traitent réellement les problèmes culturels qui séparent les Arabo-musulmans des Français (ex-) catholiques et protestants? Les Européens sont-ils capables de se dresser pour la défense d’une culture civique et d’exiger la tolérance et le respect mutuel? Les Juifs français peuvent-ils recevoir une place honorable à la table de négociations sur la «dignité de la différence»? Ou les Européens vont-ils éviter de remettre en question leurs propres comportements sectaires envers les Juifs et les Arabes, et ainsi continuer d’alimenter la haine arabe pour les Juifs (et l’Occident) avec leur antisionisme moralement hystérique et la bigoterie discrète de leurs attentes minimalistes envers les Arabes? La schadenfreude bien morale et le journalisme du ressentiment vont-ils l’emporter à l’heure où les Européens ont le plus besoin d’y renoncer?

Nous n’avons pas les réponses. Cet affrontement des cultures n’a aucun précédent dans l’histoire des civilisations – d’abord au niveau de son envergure, mondiale, mais aussi à celui de sa pénétration et de la transformation de toutes les cultures concernées dont il s’accompagne. Si nous ne reconnaissons pas cela aujourd’hui, si nous restons aveuglés devant les dangers qui nous attendent, en partie par l’inexcusable négligence des grands médias et en partie par les platitudes rassurantes inspirées à notre intelligentsia par son égocentrisme cognitif, si nous ne parvenons pas à comprendre ce que nous affrontons, nous tous, aile droite, aile gauche, radicaux ou conservateurs, allons recevoir une leçon douloureuse de l’histoire sur les réalités médiévales qui animent les guerriers fanatiques et les clergés théocratiques.

La société civile est une expérience sociale rare et précieuse. Elle exige le respect d’exigences éthiques élevées et ne peut survivre à une stupidité persistante et agressive de surcroît, aussi bien intentionnée soit-elle. Et l’une de ses exigences fondamentales est que nous jugions avec équité, que nous renoncions aux vices de la Schadenfreude et de la victimisation. Pourquoi? Parce que n’y pas renoncer, c’est encourager le mal et décourager le bien.

Cette fois, je pense que nous n’en sortirons pas sans coup férir. Et je pense qu’il n’est pas de meilleur moyen d’entamer l’étude des raisons pour lesquelles nous, en Occident, avons ainsi contribué à nos faillites morales et sociales actuelles qu’en comprenant et en redressant le tragique échec de nos médias et de nos intellectuels dans l’affaire Mohammed al Dura.

Comments

  1. September 11th, 2006 | 9:26 pm

    [...] For a discussion of the toxic effect of al Durah on French (and by extension, European) society in the early 21st century (including the advent of the Arab/Muslim “street” in Europe, see: On the hidden costs of Media Error: Muhamed al Durah and the French Intifada, and now en français au site d’Alain Jean-Mairet: Les coûts cachés des erreurs des médias: Mohammed al Dura et l’intifada française. [...]

  2. September 14th, 2006 | 11:15 pm

    [...] D’autres blogueurs consacrent également des billets à ces procès, parmi lesquels Jugurta, Ajm – qui a entamé ici le travail de traduction des notes de Mr Landes – et bien sûr Media-Ratings, actuellement sur le banc des accusés à cause de cet article. [...]

  3. September 20th, 2006 | 12:03 pm

    [...] Pour les connexions que je vois entre la diffusion des images d’al Durah et l’arrivée de la “rue arabe-musulmane” en France et le lien avec les emeutes de Novembre dernier, voir Les coûts cachés des erreurs des médias: Mohammed al Dura et l’intifada française. [...]

  4. September 20th, 2006 | 3:17 pm

    [...] Pour les connexions que je vois entre la diffusion des images d’al Durah et l’arrivée de la “rue arabe-musulmane” en France et le lien avec les émeutes de novembre dernier, voir Les coûts cachés des erreurs des médias: Mohammed al Dura et l’intifada française. [...]