March 12, 2005
Faut-il sauver le prophète?
C’est ce que pensent de nombreux Musulmans modérés et raisonnables ainsi que quelques intellectuels nourrissant un faible pour les discours arrangeants.
C’est également ce que soutiennent deux ex-marxistes romantiques et raffinés dans un ouvrage, «Al-Sîra: le prophète de l’islam raconté par ses compagnons», longuement discuté dans le dernier nouvel Observateur consacré à «Mahomet et les femmes», éditorial à l’appui.
On en parlera beaucoup également sur les ondes de France Culture, avec une émission en cinq volets consacrée aux «chroniques du Prophète». <
Le propos consiste à présenter la personne de Mahomet comme celle d’un homme respectable, abordable, aimable, et même admirable. En grandissant ainsi les qualités humaines du prophète, on relègue au second plan sa doctrine, ou prétendument celle de dieu, et ses actes.
L’intention originale, je crois, était louable. Après l’horreur que fut le décollage de l’Islam (des années durant, au début de sa «révélation», Mahomet fut considéré comme un possédé et sa religion comme un salmigondis infâme), les profondes dissensions qu’il créa parmi les peuples arabes et tout le sang dont il légitima la perte, il devenait urgent de donner visage humain, par la ruse et la flatterie, à un mouvement que personne ne semblait de taille à stopper par la force.
Et aujourd’hui, alors que l’Islam radical menace de s’imposer par un mélange de terreur et d’action politique pseudo moderne (démocratique), il peut sembler approprié de raviver l’image positive, lissée, humaniste, et surtout progressive, composée par des adulateurs qui, sans doute, espérèrent de tout leur cœur transformer ainsi la haine en une sorte de sagesse sévère imprégnée de morale divine.
La recette a fonctionné, par endroits, par époques, et certains en ont même gardé des souvenirs d’âge d’or.
Mais, pour justifier cette attitude, ce pieux – ou noble? – mensonge, il faut d’abord admettre que l’Islam doive régner. Ainsi, louer le prophète, sauver sa réputation, c’est d’abord admettre sa propre défaite devant la violence et la haine. Et cela est inacceptable de nos jours.
En outre, pour vraiment sauver Mahomet, et l’honneur des Musulmans, il faudrait commencer par comprendre qui le prophète fut vraiment. Et cela, ce sont ses actes qui nous le disent, pas les paroles de ceux qui eurent à subir sa loi.
Enfin, en relation avec la campagne accompagnant la sortie de l’ouvrage susmentionné, je crois utile d’ajouter que de ne pas comprendre une telle chose témoigne d’un manque de sens psychologique qui, s’il est certes excusable chez le profane, ne peut guère qu’être volontaire, et coupable, chez quiconque prétend avoir étudié le sujet.
