
L’UDC zurichoise a publié une série d’annonces thématiques (Islam, proportion d’écoliers étrangers, criminalité des étrangers, criminalité des jeunes étrangers) très critiquées, pour de mauvaises raisons. Mais il y a aussi de bonnes critiques à adresser à cette campagne.
D’abord, l’annonce consacrée à l’Islam cible la manifestation de la religion musulmane la plus anodine et inoffensive qui soit. Des gens qui prient ne constituent pas une menace, même pas sur la place fédérale. Le problème est la religion qu’ils soutiennent par ce geste, pas le geste lui-même. Si l’on veut attaquer l’Islam, il faut attaquer ce qui est dangereux et condamnable dans cette religion – ce ne sont pas les arguments qui manquent – et pas le témoignage de la piété des gens.
De plus, cette annonce, si elle prend soin de préciser qu’un grand nombre de Musulmans se plient volontiers à nos lois, évite de nommer l’ennemi, se contentant de vagues mentions d’exigences d’adaptations de nos règles aux lois islamiques et d’un grand tas indéfini formé de gauchistes et de verts. Dans une attaque, il faut désigner l’ennemi aussi clairement que possible. Sinon, on le manque, fatalement.
L’ennemi, ici, le véritable agresseur, ce sont toutes les personnes et institutions, musulmanes ou pas, qui favorisent une présence accrue de l’Islam dans notre société. Ce sont les mosquées, les librairies islamiques, les associations musulmanes, les entreprises privées à caractère musulman, les intellectuels qui parlent en termes agréables de l’Islam, tous les gens qui participent activement à la présence de l’Islam dans le débat public autrement que pour en dénoncer l’inhumanité fondamentale (ou pour simplement informer objectivement, bien sûr). Et il faut relever qu’en suisse, 85% des Musulmans ne font pas usage des institutions islamiques.
Cette erreur de base, cette visée imprécise, se retrouve dans les autres annonces. Ainsi, le fait, en soi correct, que les classes comportant un fort pourcentage d’étrangers soient moins efficaces que des classes homogènes n’est pas forcément un problème de présence étrangère, mais plutôt d’organisation ou de philosophie de l’enseignement. Il est certes légitime d’exiger que les écoliers suisses ne soient pas désavantagés: si la Suisse attire des immigrants, c’est justement aussi grâce à la qualité de l’éducation qu’y reçoivent les enfants. Mais c’est une manière d’abdiquer devant un défi en soi mineur que de refuser des étrangers pour ce motif. Des solutions possibles doivent être définies et testées dans le cadre scolaire. Dans un pays qui compte quatre langues nationales et qui accueille beaucoup d’étrangers depuis longtemps, ce ne sont certainement pas des problèmes de langue et de culture qui vont compromettre la qualité de l’enseignement. La Suisse doit pouvoir maîtriser cela. Et si certains éléments posent des problèmes dépassant ce cadre, notamment en raison des convictions politico-religieuses de leurs parents, c’est alors, pour ces cas «particuliers», qu’il faut trouver des solutions hors du cadre scolaire.
De même pour la criminalité des étrangers: les immigrants arrivant de pays troublés ont souvent une démarche plus leste que celle des gens habitués depuis plusieurs générations à des systèmes pacifiques de résolution des conflits. En principe, de telles mauvaises habitudes disparaissent en une ou deux générations. Lorsque ce n’est pas le cas, lorsqu’on constate même que les immigrés élevés dans leur pays d’accueil et même que les descendants d’immigrés sont plus violents, agressifs, criminels ou haineux que les immigrés eux-mêmes, c’est que le problème réside dans une idéologie et pas dans une origine étrangère. En se concentrant sur le statut d’étranger, on fait alors fausse route.