La réclamation vient d’être adressée à l’organe de médiation de la TSR.
Contrairement à la première idée, qui consistait à traiter les deux émissions incriminées (24 et 29 décembre 2006) séparément, la procédure a finalement été fusionnée et les deux objets ne font plus l’objet que d’une réclamation, laquelle fait en outre plus largement référence à la première plainte (dépôt à l’AIEP à la mi-janvier, après clôture de la consultation des signataires le 15 janvier) de manière à démontrer que le service de l’information de la TSR dans son ensemble participe à la désinformation mise en lumière ici.
Voici le texte définitif de la réclamation:
Organe de médiation RTSR
Monsieur Emmanuel Schmutz
Rue du Simplon 1
1700 Fribourg
Lucerne, le 11 janvier 2007
Réclamation
Le Journal de 19h30 du 24 décembre 2006
et du 29 décembre 2006
Monsieur,
Nous, plaignants au sens de l’art. 63 LRTV, vous prions de prendre acte du dépôt de la présente réclamation, au sens de l’art. 4 LRTV, à l’encontre des émissions Le Journal diffusées sur les ondes de la Télévision suisse romande, respectivement le 24 décembre 2006 de 19h30 à 19h51 et le 29 décembre de 19h30 à 19h49, puis sur Internet.
Les deux rubriques incriminées de l’émission du 24 décembre – «Messe de Noël à Bethléem: des précisions avec Stéphane Amar, en direct [01:43 min.]» et «Les Chrétiens de Bethléem s’exilent massivement [02:11 min.]» peuvent être visionnées à l’adresse suivante:
http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=500071&bcid=470227&format=450&vid=7381079
La rubrique incriminée du 29 décembre peut être visionnée à l’adresse suivante:
http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=500071&bcid=471148&format=450&vid=7390468
Nous estimons que les informations fournies ici et la manière de les présenter
– ne reflètent pas équitablement la pluralité des événements et la diversité des opinions,
– ne permettent pas au public de se faire une opinion équilibrée,
– produisent une impression générale manifestement partisane,
– facilitent l’effort d’entrisme d’organisations foncièrement antidémocratiques,
– favorisent la montée de l’antisémitisme en Suisse,
– induisent l’opinion publique en erreur sur la nature du projet islamiste.
Émission du 24 décembre 2006
Dans la première des deux séquences consacrées à la ville de Bethléem, où allait se dérouler le soir même la messe de la nativité, on apprend que la situation de la ville est désastreuse car elle «souffre de la coupure avec sa voisine Jérusalem après la construction du mur de séparation voulu par le gouvernement israélien». Aucune autre explication n’est avancée ou seulement évoquée pour expliquer «l’un des chapitres les plus noirs de l’histoire» de la ville et le «climat de tension extrême qui règne en Cisjordanie».
Deuxième séquence: un reportage auprès d’une famille chrétienne de Bethléem. Le présentateur dit que la situation des Chrétiens de Bethléem «est de plus en plus douloureuse. Confrontés à une crise économique sans précédent» (dont nous venons juste d’apprendre qu’elle serait causée par le mur israélien), «victimes de l’occupation israélienne» et, en dernier lieu, «face à l’hostilité des Musulmans, ils s’exilent massivement».
Le commentaire indique une nouvelle fois les raisons de «la fuite des Chrétiens palestiniens»: la crise économique, à nouveau, mais aussi «ce conflit sans fin avec Israël qui les prive de leur liberté de circulation et menace leur sécurité» et «enfin, et c’est un sujet tabou ici, les relations de plus en plus tendues avec les Musulmans».
Suit un bref reportage sur les efforts de l’Église franciscaine visant à offrir des logements bon marché à ses ouailles et des images d’un enterrement chrétien sur lesquelles nous apprenons que la communauté chrétienne, qui constituait 75% de la population locale en 1950, n’en forme plus aujourd’hui que 15%. Peut-être serait-il raisonnable d’ajouter aussi qu’il s’agit du taux le plus important, et de loin, pouvant être cité dans cette région: les Chrétiens constituent aujourd’hui moins de 1,5% de la population des Territoires palestiniens, alors que cette région est le berceau de leur religion.
Ainsi, à en croire la TSR, les problèmes des Chrétiens de Cisjordanie proviennent essentielle¬ment d’Israël et semblent résulter d’un choix péremptoire, car non expliqué. Pour les gens qui prennent leurs renseignements à cette seule source, ou qui la considèrent comme une source particulièrement digne de confiance, et ce avec quelque raison, puisque la loi l’oblige en principe, en matière d’information, à proposer des programmes qui «représentent fidèlement les événements [et] reflètent équitablement la pluralité de ceux-ci ainsi que la diversité des opinions», il est évident que le problème de ces gens est Israël, et que les Musulmans causent tout au plus quelques désagréments, et ce probablement pour la même raison. L’impression générale laissée par ces séquences est celle de la culpabilité unilatérale d’Israël.
Émission du 29 décembre 2006
Démarrage sur des images de tirs d’artillerie de l’armée israélienne. Puis, un nuage de fumée au-dessus d’une ville, sans doute Beyrouth. Commentaire:
Le cauchemar. Une nouvelle fois. Les Libanais avaient presque oublié la guerre de 78, Israël bombarde à nouveau le Liban-Sud, jusqu’à Beyrouth.
Images d’immeubles détruits, de gravas, de gens qui s’activent dans les décombres fumants.
À la source du conflit, la capture de deux soldats israéliens, par le Hezbollah, le mouvement chiite libanais. Résultat: un mois de guerre et 1300 morts, dont plus de 400 enfants. Le massacre de Cana bouleverse le monde entier.
Les fameuses images de Cana, un show macabre préparé pour les journalistes.
Les ponts sont détruits, les routes sont coupées, les réservoirs de pétrole en feu. Résultat: une immense marée noire — 15 000 tonnes de brut sont déversées dans la Méditerranée.
Images correspondantes. Puis passage à des images de foule en liesse criant des you-you et brandissant des drapeaux libanais (et pas ceux du Hezbollah, totalement absents de cette rubrique) au passage de troupes (sur des routes en parfait état).
Le 11 août, le conseil de sécurité de l’ONU obtient un cessez-le-feu. C’est le retour triomphal de l’armée libanaise.
Puis images de soldats français (brassards tricolores bien visibles).
Les premiers soldats de la Finul, les forces de l’ONU au Liban, débarquent. Ils sont là pour aider à la reconstruction du pays.
Passage à des images d’embouteillages, de gens transportés dans des camions.
Des centaines de milliers de personnes rentrent alors chez elles, dans un pays infesté de bombes à sous-munitions.
Cette émission minimise les sources de la guerre de manière grotesque. Il est évident que l’enlèvement de deux soldats ne saurait motiver un mois de bombardement, 1300 victimes, dont plus de 400 enfants et un massacre. L’absence de toute explication pour ce comportement constitue une diabolisation d’Israël.
L’émission ignore l’action du Hezbollah au-delà de l’enlèvement de deux soldats. Elle laisse ainsi entendre que le Hezbollah, qualifié de simple mouvement alors qu’il s’agit d’une force armée qui a résisté à Tsahal pendant un mois et tiré plus de 4000 roquettes sur Israël, n’avait aucune autre responsabilité dans l’origine du conflit, dans sa durée, son amplitude, le choix des cibles d’Israël et la nature des pertes. Elle passe ainsi sous silence l’infrastructure agressive pléthorique (env. 20 000 roquettes, des kilomètres carrés d’installations souterraines, des centaines de constructions civiles utilisées à des fins militaires) édifiée par le Hezbollah à proximité des frontières israéliennes.
Elle fait également l’impasse sur le contexte politique lié à la présence du Hezbollah, une organisation théocratique terroriste téléguidée par Téhéran (un État qui rêve à très haute voix de supprimer Israël) et soutenue par la Syrie (qui a occupé militairement et saigné économiquement le Liban pendant des décennies). Comme si tout cela n’avait aucune importance pour la bonne compréhension des événements.
Et elle omet, totalement, de seulement mentionner les pertes civiles et les dégâts du côté israélien pourtant sciemment infligés par le Hezbollah, qui commettait ainsi des actes équivalents à des crimes de guerre.
Impression générale produite
par l’équipe d’information de la TSR
Cette attitude, ces omissions ciblées, ne sont pas des cas isolés, comme le révèle l’examen approfondi des convictions de hauts responsables de l’information de la TSR rendu possible par une procédure de plainte analogue visant une émission de Temps Présent (26 octobre 2006) consacrée au Hezbollah. Ainsi, la plainte en préparation dans le cadre de cette procédure (dépôt prévu à la mi-janvier auprès de l’AIEP) relève les points suivants:
– [Cette démarche] équivaut à présenter au public une image gravement tronquée d’un organisme [le Hezbollah] transportant un projet de civilisation dont la Cour européenne des droits de l’homme a clairement affirmé, en 2001 et en 2003 (affaire Refah Partisi), qu’il est incompatible avec la démocratie.
– [Cette] image vient s’inscrire dans un flot extrêmement dangereux de propagande antisémite. De fait, les organisations juives de Suisse peuvent faire état d’une dégradation de la situation à cet égard. Les amalgames, notamment, entre Israéliens et Juifs, deviennent plus fréquents et les remarques clairement antisémites se répandent de manière inquiétante dans notre pays.
Nous voulons trouver ici une indication sérieuse du fait que les responsables de l’information de la TSR, dans leur ensemble, sciemment ou pas, répandraient une impression générale partisane opposée à Israël, camouflant les dangers de l’islamisme et favorisant l’antisémitisme en Suisse.
Nous vous prions donc, en votre qualité d’organe de médiation RTSR, de bien vouloir étudier ce dossier et de lui donner la suite appropriée.
Dans l’attente de votre prise de position, nous vous prions d’agréer, Monsieur, l’expression de notre parfaite considération.
[...]
La présente réclamation est soutenue par un total de 25 personnes majeures et de nationalité suisse ou titulaires d’un permis d’établissement ou de séjour en Suisse.
Les coordonnées des 25 plaignants sont indiquées aux pages suivantes. [...]