Cette brillante analyse du Centre d’études stratégiques Begin-Sadate aborde quelques-unes des incompréhensions typiques caractérisant le contact entre l’Occident et l’Islam. Ainsi, revenant sur l’épisode des corans soi-disant profanés à Guantanamo, l’auteur fait la liste des précautions prises par l’administration pour éviter de heurter la sensibilité des prisonniers (fournir des corans, les tenir correctement, ne pas les mettre dans une poche ou sous le bras, ne pas les frapper de la main, les placer toujours au sommet d’une pile de livres, etc.). Ceci alors même que
sur le dos de la plupart des corans de même que dans l’esprit de la plupart des Musulmans est gravé un verset résumant une règle unanimement respectée de la loi islamique: la yamassuha illa al-mutahharun – «seuls les rituellement purs sont légitimés à toucher cet ouvrage». Un autre verset du coran décrète par ailleurs «en vérité, les infidèles sont impurs». Basés sur ce dernier verset, les Musulmans chiites affirment que tous les non-Musulmans sont fondamentalement impurs. Les Musulmans sunnites, qui rejettent généralement cette attitude chiite, n’en considèrent pas moins que tous les non-Musulmans sont souillés parce qu’ils ne procèdent pas aux rites de purification prescrits par la charia (loi religieuse). En d’autres termes, le verset figurant au dos du coran s’adresse tout à fait directement au personnel militaire de Guantanamo Bay et leur dit: «Vous n’avez pas le droit de toucher ceci.»
Ce genre d’erreur de jugement est fréquent et l’analyse mentionnée en examine ceux résultant du contact entre la Pax Americana et le Moyen-Orient musulman. Mais je vais pour ma part en rester au coran et aux implications du fait exposé plus haut.
Comme nous venons de le voir, le coran lui-même interdit d’être touché par des non-Musulmans. Et cela en résume fort bien l’esprit: soit on accepte son contenu comme la parole divine, soit on est, aux yeux des Musulmans, un être impur, coupable d’avoir profané, le saint des saints. En abordant le coran, soit on devient Musulman et on a l’obligation de tuer les infidèles (9:5) et de mépriser les impurs, entre autres choses, soit on ne devient pas Musulman et, dans l’imagerie intérieure de ceux qui croient en ce livre, on est classé dans une catégorie humaine inférieure – des gens qu’il est juste, aux yeux de Dieu de dominer, d’éliminer.
Entre ces deux absolutismes, il y a le bon sens, en principe. On peut sélectionner les versets, décider d’ignorer les ordres de tuer, préférer croire en la clémence de Dieu plutôt qu’en les injonctions de son prophète. Mais respecte-t-on alors encore le coran? Qui sont les vrais, les bons Musulmans, ceux qui plaisent à leur Dieu? Mais surtout comment empêcher que toutes les disputes, toutes les rancœurs, ne se transforment, dans l’esprit de l’adepte de la religion basée sur le coran, en un litige de nature religieuse, c’est-à-dire régi par des règles supérieures au bon sens et aux lois des hommes?
En produisant un fossé si profond entre les bons et les autres, le coran, un ouvrage récité aux Musulmans dès la petite enfance, les incite, en situation litigieuse, à se rappeler ce péché essentiel, cette tare primordiale: l’infidélité à la parole. Et dès lors, la pire des haines et les actes les plus barbares deviennent la voie même de Dieu, exemplifiée par le prophète.
Ainsi, quoi de plus normal, de plus naturel, pour un Musulman, que de pratiquer le terrorisme? Et surtout au prix de sa propre vie, car il devient alors l’être le plus respecté dans sa religion – un martyr. Quoi de plus gratifiant que de mépriser, de terroriser (8:12), ceux qui ne partagent pas sa foi – les ennemis de Dieu?
Comme le déclarait Wafa Sultan, une psychologue américaine affrontant un islamiste algérien la semaine passée sur Al-Jazeera:
Lorsque vous récitez à un enfant, dès ses premières années, le verset «Ils seront tués, ou crucifiés, ou auront une main et un pied amputés des côtés opposés» [5:33], quelle que soit l’interprétation de ce verset, et quelles que soient les raisons pour lesquelles ce verset a été prononcé à l’époque, vous avez franchi le premier pas vers la création d’un terroriste…
Et le phénomène ne fait que s’accentuer lorsqu’on ajoute à la simple récitation les interprétations de l’époque et les parallèles politiques actuels. Le verset en question est l’un des derniers prononcés par Mahomet, le seul verset postérieur qui vient le tempérer quelque peu est celui prévoyant que les pécheurs peuvent se repentir et se soumettre. C’est, avec la sourate 9, l’avant-dernière, déjà signalée plus haut, le principal pilier du djihad.
Ainsi, de même que chaque Musulman en colère contre ses semblables est tenté, dans son imagination, d’en faire des infidèles indignes de vivre, chaque communauté musulmane est portée, en cas de litige avec une autre communauté, de faire revivre en son sein l’imagerie du djihad. Et dès lors, il devient légitime, ou bénin, de tuer une femme infidèle, ou supposée telle, même après un viol, car elle met en danger une certaine «pureté». Dès lors, il devient plus sage, plus judicieux de se mettre en guerre contre les infidèles, car c’est la voie de Dieu, et l’exemple donné par le prophète, c’est l’appel même de Dieu. Et si la politique s’en sert pour fabriquer des monstres, c’est au moins autant par obligation que par opportunisme.
Et pourtant, nous devons nous entendre dire, souvent, par des Musulmans, et d’autres, que l’Islam est au fond une religion de paix. Quel aveuglement, ou quelle dose de malhonnêteté faut-il donc pour proférer pareille absurdité? Être Musulman, respecter la parole coranique, au niveau communautaire, c’est, par exemple, pratiquer un apartheid religieux de fait, léser les minorités, extorquer des fonds, profaner systématiquement les livres saints des autres religions, empêcher leurs membres de pratiquer leurs cultes, considérer la femme comme un être incapable de jugement. Et tout cela n’a rien à voir avec des interprétations – c’est la simple réalité des civilisations islamiques, passées et actuelles.
Trouve-t-on dans le commerce, ou ailleurs, des corans dont les passages incitant à la haine ont été expurgés ou accompagnés de mises en garde solennelles? Une école coranique d’importance s’est-elle jamais élevée contre ces passages et leur impact psychologique dévastateur? Un État islamique a-t-il jamais protégé ses minorités religieuses, accordé des droits égaux à tous ses citoyens quelle que soit leur religion? Une communauté islamique organisée a-t-elle jamais tenté de remettre en question la légitimité du prophète, le bien-fondé de ses préceptes, à la base de la loi islamique censée régir les moindres actes des Musulmans? Non, au contraire.
Tant qu’il en sera ainsi, il faut que les «infidèles» sachent bien que les communautés musulmanes sont constituées de gens à qui l’on récite dès la prime enfance de les terroriser, de les tuer, de les décapiter, de leur couper les membres, de les réduire en esclavage, de les dominer, de leur imposer des impôts religieux, de les empêcher de pratiquer leurs cultes, de les faire renoncer à leurs langues et à leurs cultures, à moins qu’ils n’acceptent à leur tour de réciter à leurs enfants, dès leurs premières années, qu’ils devront terroriser, tuer, décapiter, couper les membres, réduire en esclavage, dominer, imposer des impôts religieux, empêcher de pratiquer leurs cultes et faire renoncer à leurs langues et à leurs cultures tous ceux qui ne récitent pas encore à leurs enfants, dès la prime enfance, qu’ils devront terroriser, tuer, décapiter, couper les membres, réduire en esclavage, dominer, imposer des impôts religieux, empêcher de pratiquer leurs cultes et faire renoncer à leurs langues et à leurs cultures tous ceux…
Jusqu’au jour béni où cela cessera, parce que les Musulmans auront enfin retrouvé leur bon sens et s’en seront servi avec suffisamment de courage, de vrai courage, du courage des preux, celui qu’il faut face à la vie, et non du courage des pleutres, celui qu’il faut face à la mort, il faut que les infidèles et les Musulmans qui croient sincèrement se protègent de l’Islam. Ou qu’ils se résignent à vivre dans un monde où il est normal et juste – non, obligatoire – de réciter à ses enfants, dès leurs premières années…
Si Dieu existe et qu’il est un Dieu de vie, alors les Musulmans déclarés, décidemment, sont ses infidèles, ses égarés. Et il appartient à ceux qui respectent la vie, autour d’eux et parmi eux, de les guider. Vers la vie.
August 01st 2005 Posted to
Islam