« Est-il raisonnable d'épargner l'Islam? | Main | L’ennemi intérieur – en personne »

Comment réformer l’Islam – de l’intérieur

Pour réformer une loi, il faut une autre loi, dont la légitimité soit au moins équivalente. Comment réformer la loi islamique, cette loi qui ordonne en termes clairs à tout Musulman de tuer (ou crucifier, ou mutiler, ou expulser) ceux de ses semblables qui s’opposent à l’Islam et de mépriser (psychologiquement et socialement) ceux qui préfèrent une autre religion, et, accessoirement, de ne jamais rien dire sur leur religion qui ne lui soit pas profitable? Comment contrer les exhortations à la haine du non-Musulman dont le Coran, les traditions coraniques et les législations djihadiques sont des piliers en principe intouchables, car bâtis par Dieu lui-même?

Confrontés à l’ampleur de cette tâche, à cette apparente impossibilité totale, dès lors que l’Islam s’était imposé comme une puissance solide, d’innombrables gouvernants ont préféré mentir, prétendre contre toute évidence que l’Islam est une religion de paix, et espérer qu’en répétant cette absurdité assez souvent et assez longtemps, assez de gens la croiraient pour qu’elle devienne réalité. Et, au fond, dans leur erreur, quelque part, ils avaient raison. La solution est bien là. Mais il faut y parvenir sans le mensonge. Voici, je pense, comment.

D’abord, observons la nature du problème de manière plus différenciée. Il est certes vrai que les textes de l’Islam peuvent fournir des arguments à ceux qui veulent en faire une religion de paix, mais ces passages ne sont hélas utilisables que dans une perspective pervertie. En effet, soit ils sont rendus entièrement caduques par l’examen de leur contexte (historique ou textuel), soit ils ne concernent que les Musulmans et donc ne s'opposent en rien aux versets agressifs, soit ils ont été abrogés par des versets ultérieurs, soit encore ils ne sont pas clairs et donc peuvent être ignorés – ceci d’une part en raison du réflexe naturel du lecteur ou auditeur moyen, qui sera plutôt encouragé à agir par des notions claires que par des explications incertaines, et d’autre part pour obéir au précepte coranique voulant que seuls les versets clairs soient considérés comme valables, ceux prêtant à interprétation étant destinés aux égarés.

D’où il ressort que plus on pratique l’Islam à ses sources – le Coran, les traditions, les lois islamiques –, plus on est mis en contact avec un mélange d’ordres clairs d’éliminer les non-Musulmans et de notions vagues ressemblant à celles d’autres religions. L’ordre de priorité est absolument évident et le résultat est inéluctable: le djihad – plus il y a de Musulmans, de gens qui croient en les préceptes de l’Islam, plus il y a de haine envers tout ce qui n’est pas l’Islam. Et le cercle vicieux se nourrit bientôt de ses propres résultats: la haine engendre la haine, qui engendre la violence, qui nourrit une haine qui peut se défendre d’être religieuse et prétendre être objective. Mais cette dernière ne peut être guérie que si la source première est supprimée. Sinon, le processus, interrompu généralement à la suite d’une catastrophe majeure qui remet les vraies priorités (survie) à leur place légitime, renaît de ses cendres dès que les impératifs les plus évidents de l’existence peuvent passer au second plan.

Et c’est ainsi que l’Islam vraiment pauvre – où l’on ne possède guère de Coran, et où l’on ne sait pas le lire, sans parler de connaître ses lois – est le plus souvent rayonnant de paix et d’hospitalité, par le simple effet de la foi, cette force universelle poussant vers le bien, tandis que l’Islam riche, où la religion basée sur les textes prend le pas sur la foi instinctive, tend toujours à la méfiance, à la haine et à l’agressivité envers l’étranger. Il faut ajouter ici qu’aujourd’hui, l’Islam vraiment pauvre est abondamment pourvu en Corans et en écoles islamiques par l’Islam riche. C’est dire que la situation est gravissime.

Il n’est bien sûr pas question de viser une situation dans laquelle la civilisation islamique resterait pauvre et non alphabétisée pour préserver le reste du monde des méfaits de sa religion. Mais cette issue est plus que probable si la source du mal n’est pas traitée: c’est là le déroulement naturel des choses mis en place par l’Islam des origines. Comment, donc, réformer réellement la religion des Musulmans – pas théoriquement, mais concrètement, dans le cœur et l’esprit de ceux dont c’est la religion?

Il est exclu de tenter de produire une contre-religion équivalente. Si l’Islam a des adeptes, c’est en raison d’abord de son succès même. Le fait que cette religion fondée par un simple marchand se soit répandue ainsi dans le monde entier est le miracle qui lui donne toute sa légitimité. Rien d’humain ne peut lutter contre cette force historique.

Les tentatives de réforme basées sur la religion même, c’est-à-dire sur ses propres textes, sont vouées à l’échec pour les raisons évoquées plus haut: elles ne peuvent s’appuyer que sur des interprétations peu fiables, tronquées, perverties ou contredites par des autorités bien supérieures à celles que l’Islam actuel peut produire. D’autre part, l’absence d’un clergé central rend illusoire toute tentative de réécriture des textes.

La seule chance consiste à amener la masse des Musulmans à la raison, à leur faire admettre la réalité, à les convaincre de l’inanité et de la capacité de nuisance de leur religion. Pour cela, il faut créer et répandre à très large échelle des pensées claires, des principes évidents, qui à la fois respectent les lois universelles de la foi, s’opposent aux vices de l’Islam original et puissent être considérés par tout Musulman comme sa propriété intellectuelle incontestable d’adepte de l’Islam. Alors, le djihad pourrait revêtir dans la réalité cette signification actuellement mensongère selon laquelle il s’agirait d’un effort vers la vertu. Alors, l’Islam éclairerait le monde d’une preuve de foi admirable.

Comment, donc, favoriser cette éclosion de la raison, contre la foi aveugle, au sein de la civilisation islamique? D’abord, il faut créer les pensées et les principes en question, capables de contrer les ordres divins car chacun les sent si profonds et si vrais qu’ils sont comme inhérents à sa propre conscience et peuvent dès lors faire douter même de la validité des paroles claires du prophète. Et il faut bien sûr que ces pensées aient un caractère indéniablement islamique. Ensuite, il faut répandre ces pensées et ces principes au niveau le plus individuel et direct possible, sans intermédiaire, sans autre filtre que de simples traductions. Il faut aussi que tout un chacun ait la preuve évidente que ces pensées sont réellement bonnes – il faut donc leur donner une légitimité plus profonde encore que l’Islam lui-même, il faut les faire légitimer – à l’unanimité et de manière durable, permanente – par une communauté représentant le monde entier.

Si, par exemple, l’Islam émet une pensée nouvelle fondant la primauté de la dignité humaine individuelle sur l’appartenance à une quelconque communauté et que cette pensée est validée mondialement, par des votes permanents, alors les pensées dérivées du Coran et s’opposant à cette primauté pourront être dépassées. Si de telles pensées sont créées, légitimées et diffusées en grand nombre, avec aisance, et que, en outre et parallèlement, la recherche scientifique sur les sources de l’Islam est largement pratiquée et vulgarisée, la réforme pourra être accomplie le temps d’un changement de génération.

Alors, l’Islam connaîtra une authentique Renaissance, initiée par ses propres valeurs et soutenue par le monde, un Renouveau fondé à égalité sur la foi et sur la raison. Un djihad pacifique. La réalisation, aussi, en somme, du rêve de son prophète, à ses heures où il pouvait mériter ce titre. La Réconciliation entre les horreurs du passé et les promesses de l’avenir.

Pour cela, je pense qu’il faut un grand divan, près de La Mecque. Un endroit où les croyants se réuniront, par dizaines de milliers, tels des pèlerins décidés à donner le meilleur d’eux-mêmes pour leur foi. Là, grâce à la richesse des Saoudiens, aux technologies occidentales et au savoir-faire global, ils disposeront de toutes les informations que le monde peut produire, et ils devront débattre de questions fondamentales sur un forum électronique (afin de pouvoir rester anonymes), et voter, avec pour objectif constant la réunion d’une unanimité (le principe du divan). Ainsi, les participants auront le droit de changer d’avis – c’est dire que leur vote sera évolutif. Lorsque l’unanimité sera établie sur une question, ce résultat sera diffusé. Lorsqu’une telle unanimité aura duré un certain temps (un an par exemple), elle sera instinctivement admise par la très large majorité des gens dans le monde et aura valeur de loi permanente.

L’endroit deviendra ainsi également une sorte d’oracle planétaire provisoire, guidant l’humanité à travers les fantastiques défis de la mondialisation. Puis il s’éteindra de lui-même. En effet, lorsque les principes humains fondamentaux auront ainsi été clairement exprimés et pleinement diffusés, l’endroit perdra de son utilité et deviendra un simple lieu de pèlerinage comme les autres, témoin de la puissance bénéfique de la foi. Lorsqu’elle respecte la raison.